La réponse ne s'est pas faite attendre pour une fois.

Un coup de fil aujourd'hui venait nous donner les premiers éléments de la suite.

J'ai écouté la procédure indiquée par la dame au téléphone, au début je n'ai pas osé poser la moindre question.
Debout, au milieu de la pièce, tout me semble un peu surréaliste... je dois me concentrer pour tout bien enregistrer.

J'essaie de bien intégrer la marche à suivre.

D'abord, on va nous envoyer des ordonnances, et il faudra rapidement les utiliser. Simple prises de sang pour Superman et moi. Le même jour, il faut que les flacons partent : on doit donc leur envoyer directement les tubes de sang.
On peut envoyer des tubes de sang par laposte ??
Demander plutôt au labo s'ils acceptent de les envoyer pour nous, quitte à payer le transport et la prestation.
Je hoche la tête, mais nous sommes au téléphone, donc elle ne le voit pas.
Après un court silence j'entends : "D'accord madame ?", je réalise et m'empresse de répondre "oui oui !".
Elle reprend.

Une fois qu'ils auront reçu les tubes, la dame m'annonce un délai de traitement. Un sacré délai.
6 mois.
Cela fait des mois qu'on a parlé pour la première fois de ce dossier avec le médecin qui nous a mis sur cette voie, et personne ne nous avait encore dit qu'il faudrait tant de temps juste pour passer la seconde étape. On a déjà eu des dizaines et des dizaines de prises de sang, pourquoi n'a t on pas pu faire celles-ci plus tôt ??
On savait que ce serait la merde, ce n'est que le début. Reste zen, reste zen.
Elle poursuit.

C'est au bout de 6 mois qu'on saura si on a véritablement une chance ou pas. A ce moment là, on sera accueillis à divers rendez vous pour rencontrer l'équipe et finir de remplir de la paperasse. Ils feront en sorte de nous mettre le tout sur une journée, puisque nous sommes à plus de 3h de route du centre.
C'est sympa d'en tenir compte pour le coup. Ce n'est pas si souvent.

Elle explique qu'à partir de là, nous serons sur la liste d'attente. Mon coeur se serre. La question m'échappe :
"elle est longue cette liste ?"
Le ton de la dame devient gêné lorsqu'elle répond : " Dans votre cas, pas vraiment. "
Dans mon cas ?
Elle m'explique alors ce que je n'avais pas bien compris plus tôt. Pour elle, dans moins d'un an, nous aurons la première tentative, parce que sinon, on risque de passer à côté : J'arrive au bout de ma réserve ovarienne. En plus de tout le reste, je serai bientôt totalement stérile.

Déjà ?

C'est tout un monde qui s'écroule sous moi en une fraction de seconde. Nous savions déjà beaucoup de choses, nous en avions prévu bien d'autres encore, mais ça ?? C'est probablement la seule chose qu'on a pas vu venir.

C'est à peine si mes jambes me portent, mon corps tremble, les larmes perlent. J'ai envie de demander : "Vous pensez que ce sera faisable ?" mais rien ne sort. Je m'écroule.

Notre temps est si compté, et il va falloir attendre six longs mois avant de savoir s'il n'y a ne serait-ce qu'une chance que cela marche ?

Dans un creux de ma mémoire résonne la voix de ma mère qui sonne comme une malédiction " dans la famille, on est stérile très jeune". Je pensais que ce n'était qu'une phrase à elle pour me dire de lui faire un petit enfant rapidement, ou pour me tourmenter. Bien sûr, cette phrase m'a toujours angoissée ,mais j'avais cru que ce n'était pas vrai, ou du moins je l'avais espéré.


La dame a du sentir ma détresse, elle bafouille à demi quand elle me dit : "je vous envoie les ordonnance aujourd'hui."

Je la remercie, des trémolos pathétiques dans la voix. Nous raccrochons.

A genoux sur le sol, je contemple le combiné. Je pleure d'angoisse. Il me faut une petite minute pour reprendre mes esprits.

Ne pas se projeter. Surtout ne pas envisager que cela puisse mal se passer. Y croire, coûte que coûte.

Je dresse la liste des seules choses à penser : attendre les ordonnances, aller directement au labo, implorer leur aide au besoin pour que l'envoi soit fait au plus tôt. Puis attendre tout court. Penser à autre chose... à quoi ? Je ne sais pas, on verra.

Ce ne sont que les premiers pas du parcours du combattant, mais ils sont déjà incroyablement lourds.
Mes espoirs s'amenuisent. Je sens qu'il va m'en falloir de la volonté pour avancer. Et pour masquer ma peur, mes doutes... parce que sinon, Superman n'y arrivera pas non plus.
Il va avoir besoin que je sois forte. Que je garde la tête froide.
Il va avoir besoin que je le soutienne, car je visualise parfaitement désormais près d'une vingtaine de scénarios, et beaucoup n'ont pas une fin heureuse. Je sais qu'il ne voit pas si loin, ça le boufferait. Je serais probablement mieux préparée que lui le cas échéant.

Digérer l'info au plus vite...
Je doute de pouvoir l'encaisser complètement en moins de quelques jours. La révélation tourne en boucle dans ma tête.
Merde.

Parcours du combattant, nous sommes sur ton chemin.
Tu es aussi une course contre la montre, désormais clairement indiquée.
J'ignore si nous sommes endurants, mais il n'y a qu'un seul moyen de le savoir...


Prêts ? Feu. Partez.