C'est un petit son qu'on sent léger,
un clapotis mollement sautillant.
Il s'écoule dans l'espace et le temps,
il donne l'impression d'être au frais.

Il ondule et il bulle doucement,
la vie l'anime sans même y songer.
Il brille de mille feux sous l'éclat doré
du soleil qui caresse le courant.

Des milliers d'étincelles en points blancs
sur les ridelles d'eau claire agitée,
en une superbe alternance de reflets,
sur une mélodie qui ondule nonchalamment.

Il donne envie de sourire et de chanter,
comme les oiseaux l'accompagnant.
Il est magique, et incroyablement apaisant,
le torrent qui glisse sur les galets.

Ce matin, en revenant du primeur, je suis restée un moment le long de la petite rivière non loin de la maison, simplement à la regarder, et à l'écouter. J'aurais voulu m'allonger dans l'herbe et faire une sieste à ses côtés, bercée par sa voix aux histoires insondables.
Hélas, il n'y avait pas d'herbe. C'est la ville, ou peu s'en faut. Plus loin des bancs, et des gens. Je suis restée à mon emplacement à l'écart. Là où aucun bruit parasite ne venait m'embêter.

J'ai regardé l'eau suivre son cours en promenant des pétales de fleurs, des feuilles, des branches mortes... Je n'ai pas remarqué de poissons, je me demande s'il y en a. J'ai vu de la mousse et des algues danser au rythme du courant, là où elles sont installées. J'ai bu des yeux cette rivière rieuse qui sautille dans son lit. J'ai observé la lumière du jour la parer de diamants éphémères qui éblouissent et la rende encore plus radieuse.

Je l'ai écoutée chanter son murmure, en symbiose avec les oiseaux perchés sur les arbres étreignant sa route. J'ai prêté l'oreille à son clapotis contre les rochers émergés, ses rires le long des troncs couchés. Entendu les petites bulles qui font de discrets "pop" à la surface, et celles qui s'amassent en mousse effervescente à certains endroits. Repéré les fins "bloup bloup" inopinés qu'on entend parfois, sans trop savoir pourquoi...

J'ai respiré la fraîcheur du lieu, subtilement parfumé par les effluves de fleurs timides, j'en ai imprégné ma peau et mes poumons. J'ai pu savourer la caresse du soleil sur mon visage, et ressentir sa chaleur sur mes bras. J'ai eu envie de pleurer... de joie. De calme, de paix.

J'ai souri de toute ma tête, de tout mon coeur, de tout mon corps. Si je n'avais pas crains pour mes fruits amoncelés dans mon sac, j'y serais encore.