Comme toujours, j'use du "vous", mais je ne m'adresse à personne en particulier dans mon éventuel lectorat. Ne vous sentez pas personnellement visé, ce n'est pas le cas. Comme souvent, j'ai du mal à structurer ma pensée qui part en tout sens, mais je vais essayer d'avoir une ligne directrice et de parer au plus "court".

  • Cet article est la suite & fin de celui-ci.


Donc, on a vu qu'il existait plusieurs orientations sexuelles, et plusieurs identification au genre, et que non, hélas, on ne choisit pas. J'en profite d'ailleurs pour rapeller que tout élément qui contribue à définir ou constituer un individu ne le résume pas.

Non seulement on ne choisit pas, mais c'est également un ressenti personnel pouvant être source de profondes souffrances parce que le reste du monde ne comprends pas, nie ou injurie, alors qu'au fond, cela ne le regarde pas.

Non, voir deux personnes s'embrasser ne donne pas le droit de les juger - foutons la paix aux amoureux qui se bécotent sur les bancs publics, quels qu'ils soient.

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Alors Pourquoi ?

Qu'est-ce que ça peut nous faire qu'une personne soit asexuelle, polyamoureuse, trans, hétéro, homo, bi ??
Pourquoi appose-t-on de grands airs de moralité là où, tant que deux personnes sont consentantes, il n'y a pas à en mettre ?

Pourquoi ces réactions parfois tellement violentes pour quelque chose qui relève du privé ?
Pourquoi le monde s'enflamme-t-il quand deux personnes qui s'aiment le font simplement à leur manière ?

Si j'avais aimé une femme, aurais-je moins de valeur au motif que j'en suis une aussi ?
Si je m'étais sentie homme, ce que je crée deviendrait-il non avenu ?
Si j'avais plusieurs personnes dans ma vie, mes rêves professionnels, par exemple, en seraient-ils devenus illégitimes ?
Je vous affirme que non. Non, ça n'aurait rien changé. Rien. Sauf peut-être le regard que vous portez sur moi. Mais pas qui je suis, pas le fait que je sois un être humain au même titre que vous, et pas mes droits en tant qu'individu vivant.

Je vous aurais choqué. Dérangé dans vos croyances. J'aurais bousculé les petites case bien établies. Et alors ?
Je ne l'aurais pas fait exprès, et même, je n'aurais rien fait du tout. Ce qui se passe en vous n'appartient qu'à vous, personne n'a à en payer le prix.
En quoi être différent serait-il faire du "mal" ? Je n'aurais poussé personne à devenir comme moi. Par contre, il aurait été normal que je brandisse mon droit à la liberté d'être qui je suis, et donc de vivre comme n'importe qui d'autre, telle que je suis.

Ma sexualité et mon genre n'ont absolument rien à avoir avec ma valeur, et mon statut d'être humain.

Il n'y a pas de "contre-nature" qui tienne. Il n'y a pas de "bonne façon" ou de "mauvaise façon" de se ressentir.
Si je suis blanche, je suis blanche. Ce n'est pas pour embêter ceux qui ont des peaux jaunes, noires, grises, rouges ou bicolore (#vitiligo) ... Eux ne sont pas d'une autre couleur pour me mettre mal à l'aise parce que je n'ai pas l'habitude d'en compter beaucoup dans mes cercles d'amis. Nous sommes différents les uns des autres, point. Il nous est parfaitement possible de vivre ensemble.
Nos couleurs de peaux nous appartiennent, et ne regardent personnes. La sexualité, le genre, c'est pareil. C'est juste un tabou qui a tenu plus longtemps que les autres dans la conscience collective. Et il serait chouette qu'on puisse enfin avancer là dessus.

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La vérité, c'est que quand ce genre de choses nous choque, quand elles nous mettent mal à l'aise, nous entrons en réactance.
C'est un mécanisme psychologique de défense qu'on retrouve à bien des niveaux. Ici c'est assez subtil, mais tentons une petite explication.

Parce qu'on fonctionne différemment ou que nos repères se sont construits sans ça, ce qu'on ne connaît ou qu'on ne comprend pas nous est inconnu. Ce qui est inconnu nous fait peur. Ce qui nous fait peur nous rend insécure : on se sent menacé, on l'assimile au danger, et notre instinct nous demande de rétablir le plus vite possible une situation plus confortable. Il existe plusieurs façon de revenir à un état serein.


Hélas, le plus "juste" selon moi est aussi le plus complexe, le plus couteux. Il consiste à regarder en nous ce qui réagit dans une situation donnée, et à comprendre pourquoi cela nous secoue. Cette phase d'introsepction  peut durer un moment, surtout les premières fois, mais aussi, elle demande d'être capable de remettre en question nos habitudes, nos croyances, nos valeurs, et d'éventuellement pouvoir les nuancer. Accepter qu'on puisse évoluer et se faire un avis pour soi-même, malgré les injonctions et pressions autour de nous.


Alors en général, les gens optent pour la seconde méthode : souvent injuste et non constructive, mais simple, rapide, efficace.
Plutôt que d'affronter la peur en apprenant à connaître la nouveauté, la différence, plutôt que de remettre en question ce que l'on croit savoir ou ce que nous utilisons pour nous définir, on préfère justifier la peur et on génère de la méfiance, parfois même de la haine. On cherche toutes les "bonnes raisons" qu'on a de penser et réagir comme on le fait, et on les cherche le plus souvent à l'extérieur de soi.
Au final, on élude le "problème", on le fuit : au lieu d'affronter la racine, on s'attaque aux branches, même si elles repousseront toujours. Bien que cela soit sans fin c'est plus accessible. Ce faisant, on se rassure à court terme, on se sent à notre place, et le plus dommageable dans cette façon de procéder, c'est qu'on en vient à considérer qu'on avait "raison". Et si on a raison, alors l'autre a tort.

Si il faut le reconnaitre. On cherche presque toujours qui a "raison", et donc un fautif, un coupable, quelqu'un qui ait tort en face. Et comme on n'aime pas avoir tort, on est capable de cabrioles mentales incroyables pour éviter d'être la personne en tort. C'est plus facile de faire porter le chapeau à autrui, de trouver un bouc émissaire. Non seulement on transfert la responsabilité d'une émotion personnelle (*tu m'as mise en colère !* au lieu de *Je me suis mise en colère car je ne me suis pas sentie respectée dans tes propos/attitudes*) mais aussi on oublie qu'on peut très bien avoir raison tous les deux, chacun à son échelle.


Ce n'est pas inéluctable. On peut apprivoiser ce mécanisme. On peut ouvrir ses yeux et son coeur, et s'apercevoir que non, l'autre n'est pas dangereux. Il dérange peut-être nos convictions parce que nous manquons de certitudes ou d'assurance, mais il n'y est pour rien. Il ne fait aucun mal en réalité. Il a le droit d'être là, le droit d'être différent de nous.

Le fait qu'une majorité d'individus partagent des traits communs, on en fait une norme. Mais les normes ne sont pas toujours bonnes. Elles sont rarement justes ou réfléchies. Et surtout elles n'ont pas le droit de renier le reste. Elles n'invalident rien. Ce ne sont que ça, que des "normes". Au fond, la "norme", c'est si bête...
- Se garer en marche avant c'est la norme. Je me gare en marche arrière, toujours, et alors ? Personne ne me le reproche, et je ne reproche à persone de se garer en marche avant, même dans des situations où cela m'étonne car c'est clairement moins pratique dans ma logique à moi.
- Vouloir des enfants c'est la norme. Je connais des gens qui n'en veulent pas pour diverses raisons, et je les comprends sans problème, malgré mon propre désir qui leur est opposé. Où est le problème ? C'est leur vie.
- Enterrer ses parents c'est la norme. Pourtant des milliers de gens chaque année enterrent leurs enfants. Et rien jamais ne changera ça.

Les normes sont des habitudes qui rassurent le plus grand nombre. Des repères pouvant guider les gens. Pas des obligations morales. Et pas des vérités absolues.

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Pourquoi toujours l'amour conditionnel et normalisé ?
Cela me dépasse parfois. Car conditionnel ou normalisé, on ne parle plus d'amour, et je suis sûre que tout le monde le sait, le sent.

L'amour vrai a ça de beau qu'il est illimité, et inconditionnel. Ils transcendent toutes les frontières. Ceux qui aiment vraiment le savent. Que ce soit son compagnon de parcours, ses amis, ses enfants adoptés ou non. On s'en fiche de l'origine, du statut social, la couleur de cheveux, d'yeux ou de peau, l'accent, sa religion et ses croyances, son sexe ou genre ressenti... seule compte la réciprocité des sentiments. En tout cas, c'est tout ce qui devrait compter. On aime une personne en entier, malgré ce que l'on peut percevoir comme étant ses "défauts".

Je ne pense pas, ni ne prétends, détenir la vérité absolue. Je n'oblige personne à me suivre, à être d'accord sans réfléchir. J'offre des pistes de réflexion pour plus d'humanité et de tolérance, pour chaque personne repense ses valeurs et ses normes par elle-même, les yeux grands ouverts. Parce que je suis convaincue que c'est ainsi qu'on avance, et qu'un monde plus juste ne pourra faire que des heureux, où les conflits seront inutiles. Car c'est cliché, mais c'est bien ce que tout le monde souhaite, et ce que je souhaite pour tout le monde : le bonheur et la paix. Et on ne les obtiendra jamais en tapant sur le voisin simplement parce qu'il est différent.

La paix passe par le respect mutuel, la tolérance, et le bonheur passe par l'amour des autres comme de soi.
Or ce n'est plus si évident d'aimer. On est éduqué pour apprendre de l'amour une définition erronée, une pratique biaisée. C'est tellement dommage. Contrôlez l'amour, et ce n'est déjà plus tout à fait de l'amour, et le bonheur s'en va. Pourtant, aimer à l'origine, c'est simple. La preuve, c'est que les enfants le savent intuitivement mieux que nous, avant que nous les façonnions à nos images.

Impossible d'aimer sans respect. On peut respecter une personne que nous n'apprécions pas. Mais la réciproque n'est pas vraie, c'est se mentir à soi-même. Sans respect mutuel, pas d'amour à double sens, d'amour vrai. Or le respect, c'est ce qui nous pousse à comprendre l'autre, à rechercher des solutions équitables, pacifiques, durables. Et entendons nous bien, je ne parle pas de laxisme ou quoi, ce que beaucoup de gens aiment à penser quand ils me traitent de "bisounours" en pensant m'insulter. Je parle bien du "Respect". Ce mot que bien des gens ne savent plus utiliser.
Respecter l'autre c'est le traiter en égal, d'être vivant sensible à être vivant sensible, c'est lui donner les mêmes chances qu'à n'importe qui, mais c'est aussi pouvoir, sans prendre de gants, lui dire en face qu'il a merdé. C'est ensuite chercher à savoir pourquoi, et trouver avec lui le moyen de réparer ce qui peut l'être, et de ne pas réitérer ses erreurs ni les nôtres. Pour que cessent les conflits, il faut ré-apprendre à respecter les autres autant que soi-même, et soi-même autant que les autres. Comme pour tout le reste, cela s'apprend, au fil du temps, en gardant en mémoire que nous sommes tous des êtres humains avec une vision partielle du monde, qu'aucun de nous n'a la vérité absolue.

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Apparté : Il n'y a pas de "condition" pour aimer les gens autour de nous.

C'est important d'entrevoir le côté "inconditionnel" de l'amour, de l'affection. Quelques exemples en questions :

Lorsque vous mettez un enfant au monde, c'est pour rencontrer un nouvel être à part entière, issu de votre amour, quel qu'il soit ? Ou pour en faire une oeuvre d'art ajustée à vos goûts et vous vanter à la face du monde parce qu'il remplit des critères communément acceptés ? Ou encore parce que "c'est comme ça qu'il faut faire" ?
Lorsque vous en adoptez un, c'est pour lui offrir un foyer où s'épanouir, lui offrir l'amour dont il a été injustement spoilé ? Ou c'est pour combler un manque, vous faire bien voir, ou en retirer un avantage quelconque ??

Lorsque vous êtes en amitié avec une personne, c'est parce qu'intellectuellement, ça colle entre vous, n'importe comment qu'elle soit ? Ou c'est parce que cette personne là vous projette uniquement une image qui vous mets à l'aise dans vos convictions ?? Que se passera t il si un jour vous découvrez que vous êtes en total désaccord avec certains de ses principes de vie ou qu'elle perd son "utilité" ?

Lorsque vous vous mettez en ménage, c'est parce que la personne vous fait sentir pousser des ailes, telle qu'elle est ? Que voir son sourire est une motivation en soi ? Ou bien parce qu'il vous fallait quelqu'un pour avancer dans vos "projets de vie" ? Ou encore parce que c'est dans le mode d'emploi imposé "du bonheur en 6 étapes" ?

Respectez-vous la personne en face de vous ? La considérez-vous comme un humain, comme votre égal ? Ou tenez vous des comptes de qui fait quoi à tout bout de champs ? Vous sentez vous "supérieur" d'une quelconque façon que ce soit ?

Ces questions se posent. Et elles devraient se poser au tout début, avant même la relation. Croyez moi, je suis convaincue qu'il y a de mauvaises réponses. Elles sont humaines, mais elle n'ont plus rien à voir avec l'amour.
Il n'y a pas d'amour sans respect. Il n'y a pas de respect sans équité.

De mon humble point de vue, n'espérez jamais qu'une personne soit quelqu'un d'autre qu'elle-même, ou qu'elle change "pour vous". Regardez la bien dans son individualité. Prenez là comme elle est, et acceptez qu'elle puisse être différente, ou qu'elle puisse changer uniquement pour elle-même. Sinon, vous ne l'aimez pas. Auquel cas le problème, ce n'est pas elle, c'est vous.
Et ce que vous n'êtes pas prêt à offrir à autrui, n'attendez pas que lui vous le donne. Les véritables liens sont bilatéraux.

C'est en réapprenant à aimer vraiment les gens qui nous sont chers qu'on pourra marcher vers l'amour de l'autre, même celui qui nous est totalement étranger, afin de lui laisser une chance de vivre en paix avec nous.

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Bien sûr, comme tout le monde, au début j'avais des "conditions" ou plutôt des "préférences" : toute une liste de souhaits de "critères" dont je pensais qu'ils pèseraient réellement dans la balance au moment de choisir un être aimé. C'est parfois le cas pour certaines valeurs fondamentales, mais pour le reste, on y croit jusqu'au moment où le coeur vous fait réaliser qu'il fera bien ce qui lui plaît !

Pour ne parler que des hommes en tant que conjoints par exemple, niveau physique, j'aimais les hommes grands, assez carrés, au visage anguleux, chauves ou au contraire avec des cheveux très longs. J'aimais les yeux noirs et les yeux verts, les cheveux très bruns, poivre et sel, ou bien rouquins. J'aimais le plus souvent qu'ils aient presque deux fois mon âge, et qu'ils aient l'air posés et calmes. Et j'ai rencontré Superman qui ne correspondait à pour ainsi dire rien de tout ça ! Pourtant mon coeur l'a choisi, lui. Parce que mon coeur savait mieux que moi ce qu'il fallait pour ensoleiller ma vie, alors que ma tête s'attachait à des détails de moindre importance et des croyances désuettes.

Mais c'est partout pareil. Je voulais m'entourer de gens quoi soient "comme ci" ou "comme cela"... Mes amis sont tous différents les uns des autres. Certains ont des modes de vies qui ne sont pas faits pour moi. Je m'en fiche. Parce qu'on tombe sur les gens qu'il faut. On trouve en eux, non pas ce dont on a envie, mais ce dont on a besoin pour grandir. Même si tout ne se passe pas toujours comme on l'avait espéré, je reste convaincue que c'est une bonne chose. Ils sont là, on partage des moments précieux ensemble, et on sait qu'on peut compter les uns sur les autres au besoin, chacun à sa façon. Je ne demande rien de mieux. C'est en les laissant être "eux" qu'ils restent heureux, et que nos liens gagnent en profondeur, en véracité.

C'est aussi à ça qu'on sait qu'on aime vraiment les gens : la liste de critères, on s'en tamponne. Elle disparaît à l'instant où naît la véritable affection.

Et l'important n'est-il pas d'aimer ?

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Alors ? Concerné ou pas concerné par la cause LGBT+ & compagnie ?

On va sûrement encore me dire "mais tu n'es pas concernée toi : femme hétéro cisgenre en couple avec un homme. En tout cas, moi je ne le suis pas."
Si. On est tous concernés. À deux niveaux.

D'abord, ce n'est pas parce qu'on n'est pas directement touché qu'on n'est pas supposé lutter pour l'égalité.
Quand on est humain, on est concerné par tous nos semblables et même par tout notre monde et environnement, faune et flore inclus. On le voit ou on ne le voit pas, on accepte de l'admettre ou non, mais c'est factuel ou en tout cas c'est ainsi que ça devrait être. On est tous un rouage d'une grande machine plus fragile qu'elle n'en a l'air. La haine ignorante d'un seul peut aviver ou simuler la haine de centaines de milliers d'autres (et le passé regorge d'exemples du genre tous plus macabres les uns que les autres). On a tous une part à faire.

Sinon quoi ? Je suis blanche alors je dois ignorer les discriminations liées au fait de ne pas l'être ? Je suis femme alors je dois fermer les yeux sur la souffrance des hommes ? Je ne suis plus une enfant, alors je dois ignorer les conditions de vies de milliers d'enfants dans la misère matérielle ou affective ? Je n'ai pas de handicap physique alors je dois oublier que d'autres en ont ?
Où serait la logique et l'adelphité là dedans ??
Je ne vais pas m'arrêter de vivre ma vie. Mais je peux au moins essayer de faire de petites choses à mon niveau pour améliorer la vie d'autant de monde que possible. À commencer par ne pas juger mon voisin sur des choses qu'il n'a pas choisi.

Ensuite, mauvaises nouvelles.

La première, c'est que n'importe qui autour de vous peut être directement touché. Un voisin, un collègue, un ami, un parent ou un enfant. Et devinez quoi ? Si vous considérez qu'ils sont des "ennemis" ou des "malades", vous allez leur faire incroyablement mal, alors qu'ils ne vous ont rien demandé. Et faire du mal gratuitement, c'est être un imbécile (au bas mot). On se fiche de savoir que vous ayez ou non les meilleures intentions du monde (l'enfer en est pavé d'ailleurs il paraît). Juger l'autre ne nous appartient pas.
Le bien-être des gens qui vous sont proches peut être directement impacté par votre réaction à ce genre de choses. Combien de gens sombrent dans la dépression parce qu'ils ne se sentent pas le droit d'exister tels qu'ils sont ?? Combien passent à l'acte et se suicident chaque année parce que personne ne leur a tendu la main sans jugement ? Combien n'ayant jamais fait de mal sont agressés et/ou tués simplement parce que des gens désapprouvaient le fait qu'ils soient différents ?? On ne peut pas dire qu'on a rien à voir avec tout ça. Une fois encore, on a tous un rôle à jouer. Sur le long terme, plus nous serons nombreux à être tolérants, moins il y aura de drames.

La seconde, je risque de vous choquer, mais j'ai seulement eu "de la chance" socialement parlant que Superman soit un homme. S'il avait été une femme, ça n'aurait probablement rien changé pour moi, et mes sentiments. Mais ma vie aurait pu être radicalement "autre".

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Oui, je suis concernée à plus d'un titre.

Car oui, pour utiliser les mots qui existent aujourd'hui mais dont j'étais privée à l'époque, je me suis longtemps sentie non-binaire bi et asexuelle, et aujourd'hui, je m'estime relativement cisgenre et plutôt bisexuelle, voire pansexuelle. Et je pense même que j'aurais pu être poly-amoureuse. J'ai pas choisi. J'ai ressenti. Très fort. Et ce malgré toutes les barrières morales qu'on avait dressé dans ma tête et sur ma route.
Le fait que je sois tombée amoureuse d'un homme et que nous ayons convenu ensemble d'une exclusivité réciproque dans la relation ne me fait nullement renier le reste. C'est toujours en moi, ça y restera. Et Superman aurait été une femme, je n'aurais rien changé pour vous.
Et malgré la chance que j'ai d'être actuellement dans une configuration socialement acceptée, j'ai souffert à cause de tout ça.

J'ai souffert de me sentir reniée en tant qu'individu pour des détails quand j'entendais ma famille condamner ceux à qui j'aurais pu m'identifier, j'ai souffert de me sentir diabolisée chaque fois que j'entendais les commentaires des gens sur ceux qui aiment ou pensent "autrement", j'ai souffert d'avoir du pour survivre me conformer à la norme, jusqu'à être tombée sur un connard, validé par le monde, mais qui m'a dépouillée de moi.
Il m'arrive encore parfois de préférer me taire et n'en parler à personne, pour éviter les problèmes et les blancs dans les soirées. Oh, je prends "la défense" de la différence très souvent, quelle qu'elle soit, mais je ne parle presque jamais de moi, parce que je sais comment ce serait accueilli, et comment je serais ensuite cataloguée ! Comme si toute ma personne se résumait désormais à ce simple petit fait qui ne regarde pas les gens.

Pourtant, je ne suis pas désolée de dire que je me fiche bien de la couleur et de la forme de l'enveloppe, je préfère lire la lettre qu'elle contient. Ne vous en déplaise, j'aime pour des valeurs et des partages, des ressentis induits et des émotions, pour une alchimie et un monde unique, pour une essence, pour une âme. Et je trouve ma façon d'aimer bien plus logique que les autres qu'on essaie de nous inculquer de force.
Et malgré toutes les souffrances liée aux rejets affrontés, je suis convaincue que je suis bien plus heureuse ainsi que je ne l'aurais jamais été si je m'étais menti toute ma vie.

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J'ai cette incroyable chance d'avoir le coeur relativement solide mais malléable. Je pense que j'aurais construit ma relation en fonction de qui j'aurais aimé. Ce faisant, j'aurais peut-être eu des temps d'adaptations, des deuils à faire de choses voulues impossibles à faire ou avoir, tout comme avec Superman ou dans n'importe quelle relation, mais je l'aurais fait, et là ç'aurait été mon choix. Je n'ai jamais cherché quelqu'un pour "coller" avec mes projets, je n'en avais pas. D'ailleurs je ne cherchais même pas. Mais à trouver, je ne désirais qu'une personne qui m'aime et me respecte telle que je suis, sans masque, qui me laisserait libre d'être moi, et à qui je rendrais la pareille.

Oeil acquis d'artiste-amateur qui dessine et photographie, ou regard inné d'une personne différente, je ne sais pas, mais je me suis découvert la même fascination pour le corps des hommes que pour celui des femmes. Dans les deux cas, ça ne m'attirait pas sexuellement parlant, mais je trouvais ça incroyable de machinerie - posez vous deux minutes et contemplez vos mains, pensez à tout ce qu'elles sont capables de faire, visualisez tous ces emplacements où les muscles se contractent et se détendent, le grain de la peau, la texture des ongles... c'est un ouvrage extra-ordinaire - , mais je trouvais aussi cela beau esthétiquement parlant : la volupté des courbes, la force des lignes, l'harmonie des formes. Ces variétés de couleurs, de voix, de détails..

Plus tard, j'ai noté une préférence pour les hommes mais j'ignore si c'est du à un ressenti personnel, à "l'habitude" de m'être forcée à aller davantage vers eux, ou à tout le travail de conformité qui est fait depuis l'enfance sur tout un chacun pour coller à son stéréotype.
En tout cas, je ne trouvais pas davantage d'harmonie chez les uns que chez les autres, simplement une harmonie différente dans les courbes, les images que cela envoyait... Chez les deux genres, je trouvais des spécimens attirants et d'autres non. Pour moi, il y aura toujours potentiellement quelque chose à aimer chez une personne, même si ce n'est pas toujours visible avec notre propre filtre.

Je crois que je l'ai compris assez tôt, et je l'ai planqué aussitôt, je l'ai renié de toutes mes forces. Sans le vouloir, je sentais bien que ce ne serait jamais accepté autour de moi. Je me demande même si j'ai pas accepté d'avoir mes premiers copains à cause de ça. Pour "rassurer" tout le monde sur ma soit-disant "normalité".
J'ai essayé d'en parler une fois avec mes parents, ado, sous couvert de détachement et d'humour. La réaction de mes parents ne s'est pas faite attendre. Si un jour, l'un des membres de la fratrie ramenait à la maison une personne de même sexe, il trouverait ses valises devant la porte de la maison le lendemain, et eux n'auraient plus d'enfant. Le message était clair. Allez vous accepter ou vous construire avec ça...
Je leur ai indiqué une réflexion et je n'ai pas insisté. Je savais que si un jour j'aimais une femme, je risquais de perdre tout lien avec ma "famille", et c'était tant pis, je m'y étais préparée. Ce n'est pas la seule différence qu'ils auraient refusé à l'époque. Seulement une de plus que je devrais planquer le temps de savoir où je pourrais aller.
Cela aurait tout de même été complètement idiot, non ? Cela ne changeait pas mon amour pour eux, ma dévotion, mes rêves... je restais leur enfant dans les faits. Se perdre à cause d'un détail intime ? C'est aussi aberrant que de renier son enfant parce qu'on n'aime pas la couleur de ses cheveux... Mais le statut de l'enfant fait que beaucoup se croient un droit sur eux, alors renversons la situation :

Si vos parents vous annonçaient demain qu'ils s'étaient reniés toute leur vie, que chacun partait avec une autre personne, même sexe ou pas, pour enfin être heureux : auriez vous le coeur de leur en vouloir d'être différents ?

Si oui, je vous offre la même piste de réflexion qu'à mes parents : après la phase de déchirure, viendra un moment, si vous les aimiez vraiment, où ils vous manqueront. L'envie de rétablir le lien commencera à vous ronger, mais la vie et la fierté mal placée pourront rester des obstacles à une tentative. Suivant le temps passé, il vous sera difficile de savoir comment les approcher à nouveau, d'oser le faire, et peut-être même qu'ils n'auront plus envie de vous voir, trop blessés, ou qu'il sera trop tard, car ils seront décédés. Un détail de l'ordre de leur vie privée, parce qu'il aura été renié, aura tout gâcher, là où l'acceptation aurait renforcer le lien. Et si un rapprochement est possible, vous aurez souffert de part et d'autres, et vous aurez perdu du temps... pour rien.
Bien sûr, c'est votre droit de ne pas pardonner, de laisser le lien s'étioler et mourir. C'est votre droit de ne pas comprendre. Mais cela en vaut il la peine ? Je vous pose simplement la question pour vous-même. La suite est entre vous et vous-même.


Voilà. Je pense que j'ai fini de tourner ma réflexion en tous sens, et de vous dépeindre la vision de mon monde. Que vous soyez en accord ou total désaccord avec moi, je ne vous demanderais qu'une chose que vous êtes en droit de refuser...

Si vous faites partie des "anti-LGBT+", s'il vous plaît, prenez le temps d'y réfléchir, avec empathie autant que possible. Essayez de vous mettre à la place des gens, de voir les choses sous un angle allégé des croyances personnelles, d'avoir un avis à vous, et non dicté par des éléments extérieurs. Rappelez vous que nous sommes tous humains, et que la très grande majorité d'entre nous veut simplement être libre d'être soi, et vivre en paix.
Merci.


moisdesfiertes