Bon.

Nous nous sommes rendus à l'hôpital, avec Superman. Nous avons rencontrés les spécialistes...
Beaucoup de questions enchaînées, et pas moyen de savoir si on a bien pensé à tout, si on ne s'est pas trompés quelque part dans nos réponses..
Beaucoup d'informations aussi, condensées sur une grosse demi journée. Un peu trop sans doute, nous n'avons pas tout retenu. Même mon papier de notes est archi confus.

J'ai déjà oublié tous les noms et visages... sachant que de toute façon, la plupart vont changer à chaque consultation future... J'ai surtout noté par coeur l'adresse email à contacter quoi qu'il arrive.. et qu'à partir de maintenant, je réponds à tous les appels masqués, et tant pis si c'est pour me vendre une isolation pour une maison que je n'ai pas...

On a une idée de comment cela va se passer pour nous, mais j'ai l'impression qu'ils ont tenu à ne pas nous donner trop d'espoirs pour autant, en insistant bien sur l'aspect "escalier" de la démarche. Chaque marche dépendant de la précédente, qui doit impérativement bien se passer. Et je passerai les nombreux détails.
On nous passera en cycle court. C'est la solution la plus rapide.

L'escalier commencera au moment où l'on va nous appeler pour nous donner le feu vert. On ignore quand. Pas avant un moment en tout cas, bien qu'il faille se tenir prêt malgré tout. On ne sait jamais. Alors l'ascencion passera par les étapes suivantes :

Première marche : injections pour la stimulation ovarienne. Pendant X jours. Puis monitorage tous les 2 ou 3 jours, pendant encore Y jours.
Deuxième marche : injections supplémentaires pour empêcher l'ovulation spontanée. On poursuit les monitorages et le reste.
Troisième marche : l'injection finale, et le départ pour l'hôpital en vue de la ponction.
Quatrième : la ponction.
Cinquième : le recueil de sperme et la fécondation in vitro.
Sixième : Attente. Développement des embryons et observation.
Septième : Prélèvement d'une cellule de chaque embryon, et tests avec les sondes.
Huitième : Attente. Observation du développement des embryons malgré le prélèvement, et résultats : on élimine les candidats malades, et on espère que les autres tiennent le coup.
Neuvième : On implante 1 à 3 embryons : s'il y en a, et s'il n'y a pas eu besoin de les congeler. Sinon ce sera pour plus tard, il faudra revenir pour le transfert.
Dixième : Suspens. On attend de voir s'il y en a qui s'accrochent, et si oui, on débute une grossesse normale, avec les risques standards.

À chaque fois, nous ne saurons que le jour J ou quelques jours après si tout va bien, et si on passe à l'étape d'après, ou s'il faut tout recommencer.
On peut avoir aucun ovule, comme avec 14 au départ, et se retrouver à la fin avec rien quand même.

J'avais fait beaucoup de recherches sur le sujet, alors je savais déjà, mais cela m'a quand même mis un petit coup.
Difficile de s'empêcher d'avoir peur dans ces cas là : riper sur la moindre marche, et tout est à recommencer ... et le temps n'en sera que davantage compté. On essaie d'y croire, bien sûr, mais ça n'empêche pas..

Sans compter les risques divers et variés. Hyper-stimulation. Besoin d'accumulation. Aucun embryon sain. Aucun tenant le coup. Aucun ne s'accrochant... et les risques normaux ensuite que bébé s'en aille, ou développe une autre maladie qui nous privera de lui...

En France, on ne teste que LA maladie qui pose problème. Si les embryons dit "sains" pour cette maladie précise sont porteurs de trisomies, d'anomalies quelconques pouvant générer des problèmes autres de développement, même si cela les condamne par avance, ils ne sont pas testés, ils seront dans les candidats à l'implantation...
Je peux comprendre qu'on fasse attention à ce qu'on cherche, et qu'on limite les gens, étant contre l'eugénisme... Mais lorsqu'un couple a déjà tellement morflé... Pourquoi ne fait on pas une exception encadrée pour s'assurer que l'embryon sera au moins viable, autant que possible ??

Superman est incroyablement optimiste. Pour de vrai ou pour se convaincre ? Je ne saurais dire. Plus le temps passe, et plus je me dis que je ne sais jamais ce qu'il pense. En tout cas, il ne semble pas voir les problèmes éventuels. C'est peut-être mieux, mais ça m'a donné un autre coup de mou.

Je crois que j'aurais voulu qu'il comprenne ce que ça allait impliquer pour moi. J'appréhende les piqûres, et la ponction. Je redoute un peu la douleur, la prise de poids, les effets secondaires. Les échecs, les fausses joies...
Je sais pourquoi je tente ma chance malgré tout ça, et c'est pour ça que je sais que je peux tout encaisser s'il est en équipe avec moi... Mais pour le moment, je ne nous sens pas sur la même longueur d'onde... et je me doute que ce n'est que le début.

En plus de la montagne d'informations, on nous a donné des ordonnances, mais pas toutes, à utiliser quand on nous le dira, et surtout des consignes. J'ai notamment celle de perdre du poids. Je dois avouer que là encore, ça m'a fait mal. Je sais que je ne suis pas une top modèle, mais se l'entendre dire, ce n'est jamais agréable. Donc idéalement, je devrais perdre 8 kilos (que je regagnerai très probablement dès qu'on commencera le traitement, mais passons).
J'essaie de mincir, sans succès, depuis le départ de notre premier ange... Je suis même allée voir des diététiciens et tout. Finalement c'est quand je les ai envoyé bouler et que j'ai agi selon ce que je pensais être logique que j'ai pu faire stagner mon poids. Pas perdre, mais arrêter de prendre, déjà. J'ignore s'il me reste assez de volonté pour tout reprendre de A à Z.. ça en fait des combats à mener en même temps...

J'ai envisagé un instant de m'aider avec un produit quelconque qui aurait marché pour une amie - je ne suis pas fan de l'idée, c'était pour avoir un coup de pouce histoire que ça décolle...-, mais Superman s'y oppose fermement. Enfin non. Plus exactement, il désapprouve totalement mais je suis "libre". Je fais ce que je veux, mais si je veux essayer alors c'est complètement stupide et je vais "payer un impôt sur ma bêtise". Rien qu'à l'entendre j'avais l'impression de perdre tout son respect si j'essayais, voire même juste en y songeant. Je le trouve rude parfois.. bien qu'il n'ait probablement pas tort.
Je sais bien que la plupart de ces choses qui aident à perdre du poids sont des arnaques, mais j'aurais peut-être eu au moins un effet placebo... Tant pis, je ferais sans. Pourtant le délai me paraît court pour tout faire toute seule.

L'hôpital aimerait nous prendre avant Noël (s'ils peuvent). C'est à la fois horriblement lointain et très proche.
C'est déjà plus loin que ce qu'on nous avait dit au téléphone, mais ça ne me laisse que 2 à 3 mois pour réussir là où j'échoue depuis des années... sport ou pas. Alimentation saine ou pas (même si Ok, cet été, je me suis fait un peu plaisir, faut bien vivre merde). Mais je ne voudrais pas qu'on nous décale et nous recale juste pour quelques malheureux kilos...

J'ai quand même fait ma première séance fitness en matinée. Trente minutes, pas plus. J'ai du arrêter, j'avais des vertiges et envie de vomir. Avant ça ne me le faisait pas avant des heures de sport... mais c'était avant, y'a si longtemps... va falloir s'accrocher.
Continuer la marche, même si je ne vais pas vite, y aller plus souvent, et allonger les circuits. Faire du sport. Faire plus attention à ce que je mange, de nouveau... et espérer que ça suffira.

Bref, je ne sais pas trop quoi penser ou ressentir là tout de suite.
Je suis un peu dépassée, un peu assommée par toutes ces visites intensives. Par la montagne de questions qu'on nous a posées et celle d'infos qu'on a tenté de nous donner. Par le fait que ça va devenir concret mais que ça ne l'est pas encore tout à fait. Par le défi qu'on me donne et que je crains de ne pas réussir à relever. Par l'absence d'empathie autour de moi pour mes petites peurs et appréhensions de femme stressée. Par un peu tout, en fait.

La seule chose que je sais, c'est que je ne fêterai probablement pas Noël cette année.
Voir ma soeur avec son petit bébé nouveau né... ma belle soeur avec son fils qui a l'âge qu'aurait du avoir mon second.... Je ne peux pas. Je ne veux pas. Pour une fois je ne compte pas me forcer. Sauf insistance de Superman avec des yeux de chat-botté, je resterai dans mon coin.
De toute façon, je n'ai jamais trop aimé les fêtes, surtout de fin d'année. Et c'est pire depuis le départ de mon premier fils. Il aurait du naître avant Noël... Tous les Noëls depuis et futurs, ce sont des fêtes à passer sans lui, sans son petit frère... J'ai plus envie de mettre toute mon énergie dans une "poker face" à la noix.. Alors au moins cette fois. Si je peux, je n'irais pas.

Heureusement, cela va déjà un peu mieux, parce que depuis j'ai trouvé plein de gentils commentaires qui m'ont rappelée que je n'étais pas toute seule. Au besoin, je pourrais venir me plaindre un peu ici avec vous, n'est-ce pas ? (D'ailleurs : merci ♥ )

Enfin voilà. Micro-étape supplémentaire passée. Y'a plus qu'à espérer..

Je vais laisser mûrir tout ça. Faire ce que je peux, et on verra.
Je croise les doigts..