En passant, comme ça.
   
Ce matin, j'ai passé quelques minutes, la tête appuyée sur ma fenêtre, à regarder le monde.

Ce monde où je me sens si rarement chez moi, mais que je voudrais pleinement découvrir un jour si j'en ai la foi. Ce monde qui me fascine, et me fait peur. Ce monde que je ne comprends pas. Ce monde que j'aime, malgré tout, mais que je déteste malgré moi parfois.

Ma bande passante est abîmée.
Trop, et pas assez. Connectée. Et déconnectée.
À contre temps. Décalée.
À l'abri derrière mon rideau, bien cachée.

Des traînées de couleurs filant sans s'arrêter, le temps d'un bruissement qui résonne dans mes pensées. D'autres qui s'attardent, imprimant leur forme sur ma cornée. J'ai observé la course des automobiles et les passants. Ceux qui étaient pressés, ceux qui prenaient leur temps. Ceux qui comptaient peu d'été, et ceux qui ont l'air d'avoir vécu presque cent ans. Je me suis perdue en pensée dans mon impression d'être fourmi, ignorant tout du monde et des gens, perdue au milieu d'un univers-océan...

J'ai regardé ce qui entourait ces mouvements. Le cadre de ce rythme trop constant. Cet autre espace, qui lui est changeant.
Les quelques oiseaux virevoltant. Les quelques premières feuilles mortes glissant au vent, déjà colorées légèrement. J'ai savouré le doux balancement des branches et leurs reflets de soleil, leurs ombres sur le sol constellées de lumière. J'ai suivi des yeux le vol des insectes, imaginant leur vie à eux, m'égarant dans les possibles, et un soupçon de néant. Des questions en pagaille à chaque instant.

Je pensais à dix milliards de choses, comme toujours, tout en ne pensant à rien.
J'ai laissé mon esprit vagabonder, et ça m'a fait du bien.
Même dans le vide, mon eau continue à couler.

J'ai repensé à ceux qui s'ennuient parfois. De cet ennui qui ronge la bonne humeur et fait ressentir la solitude comme un poids. J'ai essayé d'imaginer à quoi ça pouvait ressembler, pour finalement l'assimiler à mes instants de mélancolie trop prononcée.
J'ai repensé qu'en dehors de ça, je ne m'ennuierai jamais. Les instants de vides sont mes bouées, celles qui permettent à ma tête de ne pas exploser. Et le reste du temps, j'ai toujours mille idées. Il y a tant à faire, et le temps est si compté. Je m'en veux déjà assez d'autant en gaspiller..

J'ai dressé mentalement la liste des choses à ne pas louper sur la journée.
J'ai décollé ma tête de la vitre fraîche, me rendant compte que je frissonnais, et je suis allée m'activer.
J'ai passé le reste de la journée à faire ce qu'il fallait, mais mon esprit est resté à la fenêtre, confortablement installé.
Juste un peu de vide au premier plan, c'est plus léger.

Ce soir, je passerai quelques minutes, la tête appuyé sur mon oreiller, à rêver l'univers tout entier.

 

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