Cinq heures. Dans les villes reprennent lentement cours les cycles excentriques de la population qu'on dit "normale".
Celle que je comprends si peu, où je n'ai pas ma place. J'ai tant essayé. Progressivement, j'apprends à l'accepter.
J'efface mon ardoise, j'érode la culpabilité. Je n'ai pas toujours pu choisir, si ce n'est de malgré tout avancer.
J'ai la chance de pouvoir me reconstruire dans mon coin, seule ou en séance sur canapé.

J'imagine et me souviens, un bref moment, les gens qui aux aurores déjà défilent dans une cohue infernale.
Lancés à toute allure comme de vulgaires projectiles, qui triment tout le jour pour éviter la faillite.
Eux aussi mangent des pâtes et de la soupe pour économiser la moindre petite pépite.
Hélas, la misère dans ce monde, ça peut vous tomber dessus si vite...

À côté de quelques individus vivant comme des princes, combien sont dans le dénuement le plus total ?
Combien se plient en quatre, les genoux dans les orties, pour tenter de survivre seulement,
quand les autres se parent avec excès d'inutiles et vaniteux ornements ? L'équité a foutu le camp.
Et il n'y a pas qu'elle, malheureusement.

J'ai besoin de vivre ailleurs que dans ce monde insensé. Au moins changer les lunettes sur mon nez.
Besoin que de toute cette douleur, mon coeur soit un peu préservé.

Je vois et pense trop. Tout se boucule dans ma tête. Tout va toujours très loin, dans toutes les directions.
Stop. Arrête. Calme toi. Concentre toi sur ta respiration... et sors un peu de la maison.

Certains jours, au fond du gouffre, on oublie...
Chaque matin est un présent,  Un nouveau demain devenu aujourd'hui.
Une chance de plus d'essayer, à son rythme, de remonter à la surface. De faire mieux, chaque jour qui passe.
Quitter sa cavité sombre même si le chemin par monts et par vaux s'entrelace.

C'est ce que je tente de garder toujours à l'esprit.
C'est pour cela que certains matins je pars à la rencontre de cette envie.

Celle de vivre vraiment. De vaincre mes démons.
De faire un pas de plus dans la bonne direction...

Dans ma campagne, je respire au grand air sous un ciel libre et uni, souvent turquoise, qu'aucun immeuble ne viendra ternir.
Je marche en géant dans les champs et sur les chemins de terre, sans froisser leurs occupants encore occupés à dormir.

Dans un silence presque religieux, mes pensées cessent leur tourmente.
Mon âme écoute l'univers, et m'invente une musique calmante.
 
Un voile de lumière se dessine lentement sur l'horizon, bien avant qu'une orbe pâle ne vienne faire scintiller la rosée des feuilles, des pétales..
Ses échos font des reflets dans le chant du monde qui s'éveille, il est haut en couleurs, ce doux spectacle matinal..

L'odeur de la nuit s'estompe et s'enfuit. Le vent s'emplit des senteurs de la vie, il embaume les fleurs et la pluie.
Quelques oiseaux s'envolent, d'autres pépient. Je ne sens plus le froid et je souris.

Petit à petit, les frêles rayons du jour se répandent dans les vallées en poudre de Soleil.
Je suis à ma place, ici en cet instant. Mon être ouvert à la vie et la Nature. J'aime ce monde oublié où tout n'est que merveilles.

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Sources des exercices :

Treize à la douzaine : Liste 20.
Mots à placer : soupe, ternir, faillite, quatre, ortie, ornement, projectile, froisser, turquoise, ardoise, prince, canapé.

Plume de Poète : Défi n°234.
Thème : Le Gouffre - Mots à placer : lentement, emplit, excentriques, embaume, poudre, esprit, merveilles, reflets, géant, cavité.