Plusieurs choses se sont succédées ces derniers temps.

Les mots ne coulent toujours pas de façon fluides entre mes doigts, les idées sont toujours emmêlées, mais tant pis. Je vais partager des trucs en vrac et en brut, pour élaguer un peu la jungle de mes pensées. Au moins aujourd'hui. Et on verra après.

Et je commence en parlant de ma mère... et un peu de ma soeur aussi. Y'avait longtemps !

J'ai eu ma mère au téléphone il y a quelques jours. Elle avait demandé par sms si elle pouvait m'appeler, sans rien préciser d'autre. J'ai dis oui.
Je pensais qu'elle allait me parler de mon père, qui doit être placé bientôt en établissement et qui ne va pas fort... ou de ma soeur dont la date d'accouchement est pour bah dès que bébé aura décidé de se pointer en fait...

J'étais moyennement motivée à l'avoir au téléphone d'ailleurs. Si j'avais su que ce n'était rien de grave ...

Déjà chaque fois qu'elle m'a au téléphone, elle ne peut pas s'empêcher
1) de me raconter touuuuuut son emploi du temps jour par jour et heure par heure sur au moins une semaine : je finis assomée d'emblée ! Et elle le fait en grande partie exprès !
2) de me raconter la grossesse de ma soeur, comment c'est pas facile, et combien elle est malheureuse de "ne pas pouvoir m'en parler". Genre c'est moi qui le lui interdit... wtf ?  Je lui ai dis que j'étais là pour elle si elle le souhaitait. Plusieurs fois. Et j'étais sincère. J'ai même pris quelques nouvelles et de temps en temps, envoyé des messages pour dire que je pensais à elle (parfois sans réponse). Je fais ce que je peux !

D'ailleurs à ce sujet : je ne vais pas devancer ses désirs et toujours être celle qui part à la rencontre de... si ? Pourquoi dans cette famille ce serait toujours à moi de faire tout le chemin vers l'autre au juste ??
Surtout que quand je lui parle, ma soeur me prend littéralement pour une ignare. "Tu sais à partir de 37 semaines, c'est bon, le bébé sera pas préma", "Et tu vois le diabète gestationnel c'est....", "non parce que tu sais quand tu es enceinte tu... "gnagnagna... et que je t'explique la vie - Sans déconner ? C'est pas comme si elle savait que j'ai épaulé les grossesses de dizaines de copines avant elle, et que je m'étais pas mal renseignée sur le sujet !
Ca me blesse ce systématisme : "t'as pas d'enfants, alors tu sais rien". Je sens bien venir le coup après du "t'es pas maman, t'es plus du même monde/club que moi". Elles sont nombreuses à le faire celui-là, et ça commence toujours comme ça ...

Je suis restée calme chaque fois, et je suis restée aussi longtemps que possible avec elle. Parce que, si justement, je sais ce que ça fait d'être enceinte, je sais le besoin d'en parler, même si j'ai pas été aussi loin qu'elle et que moi j'avais personne à ce moment là pour en parler soit-dit en passant... parce que je voulais être là pour ma soeur... parce que je suis probablement trop bécasse au fond en fait.
J'ai pris sur moi chaque fois. Rien de ma souffrance n'a transpiré de moi. Rien. Je sais être championne sur ce point - j'ai près de vingt ans d'entraînement ! Alors elle "culpabilise" déjà d'une drôle de façon, mais si c'est le cas malgré toutes les fois où je lui ai dis que ça allait, que je suis venue vers elle, et qu'elle pouvait parler (même si c'est pour me prendre pour une andouille), je n'y peux rien ! Je n'ai aucun pouvoir magique !

Ce sont d'ailleurs plutôt elles qui cherchent à me culpabiliser je trouve. "Elle aimerait tellement t'en parler, partager ça avec sa soeur, mais elle a tellement peur de te faire du mal, elle n'ose pas, tu comprends. Tu sais c'est vraiment pas facile pour elle...". C'est vrai que pour moi la vie n'est qu'un long fleuve tranquille parsemé de pétales de roses... j'ai toujours tendance à l'oublier dis donc.
Je veux bien éviter de me plaindre, mais au bout d'un moment, juste merde quoi.

Et j'écris, j'envoie des pensées & attentions par email, par sms, par courrier... Au moins une fois par mois, j'essaie de me manifester, même vite fait, parce que sinon elles pensent que je les oublies et ne les aime plus et leur dire le contraire ça suffit pas (oui elles sont très tartes). Alors que de base, moi je pourrais ne jamais donner de nouvelles de l'année hein. Ah bah oui mais elles veulent me voir et m'entendre, sinon ça compte pas et je leur manque.
Bon et bien on va faire plus simple : je ne ferais plus rien, et puis voilà ! C'est pas moi qui prendrais au change.


Encore une fois, je donne tout ce que je peux, et ça ne suffit pas. Elles en veulent toujours autrement, toujours plus... leurs conditions et c'est marre. Ca me saouuuule. Je ne suis pas mère Thérésa et je n'ai plus l'intention de l'être !! Enfin bref, c'était l'instant râlerie. Fallait que ça sorte.

DONC. En fait ma mère ne voulait pas me parler de ça (enfin ça ne l'a pas empêchée de me refaire un laïus après sur le sujet malgré tout - disons que c'était en bonus sur la fin).
Non, après les détours habituels sur sa vie et le reste, elle a demandé à venir pour un jour et une nuit chez moi. Seule - mon père sera placé à ce moment là -. Cela m'a sidérée, je l'avoue. Je ne m'y attendais pas.
Sur le coup, je n'ai pas réfléchi, alors je n'ai pas eu envie de dire non sur l'instant. J'ai accepté. La première chose qu'elle ait répondu, folle de joie, c'est "ah bah tu vois, avec ta soeur on pensait pas que tu dirais oui ! On y aurait jamais cru, je tentais comme ça !". J'ai regretté instantanément. Étrange hein ?
J'ai vu une fois de plus l'image qu'elles avaient de moi, et leur façon de gérer notre relation, et je n'ai plus eu envie de la voir. De la recevoir dans mon chez moi, dans ce petit antre de calme et de silence où il n'y a pas de jugements que j'ai pu construire parce que j'ai mis des heures de route entre elles et moi... Je n'ai plus voulu du tout qu'elle vienne y poser sa marque.

Après avoir raccroché, j'ai commencé à stresser. Beaucoup stresser. À me dire "merde. J'ai fait une connerie... on parle quand même de ma mère là... et manifestement elle n'a pas changé". Elle qui essaiera probablement à nouveau de creuser pour tout savoir sur ma vie, qui fera la mitraillette de mots et de questions que je ne saurais plus contrer au bout d'un moment, lui permettant de me tirer les vers du nez. Celle qui notera dans sa tête tous les détails qu'elle verra chez moi et les analysera ensuite à la recherche de théories complètement fumeuses. Celle qui fera un compte-rendu complet agrémenté de ses impressions et jugements à ma soeur et à sa fratrie, en oubliant ce que le mot pudeur veut dire. . . Cette femme là qui me fait chaque fois si mal, qu'elle le veuille ou non. Elle, chez moi. Et moi, seule avec elle... le bon gros cauchemar.

Je me suis sentie stupide d'avoir dit oui. Mais c'est comme chaque fois. Elle balance ses questions au bon moment de la bonne façon, dans le tas d'informations, et dans la surprise, je ne lui oppose jamais de refus. Elle le sait. Elle sait que si elle me demande quelque chose par message et sans détour, je prends le temps de réfléchir avant de répondre, alors pour les choses qu'elle veut obtenir, elle passe par ce maudit téléphone. Elle sait s'y prendre, et ça me fait peur. Elle me fait peur. L'idée de la voir m'angoisse toujours autant. L'accueillir chez moi, c'est pire.

J'ai commencé à me dire qu'il faudrait que tout soit irréprochablement rangé et nettoyé pour qu'elle, madame la militaire de l'immaculé, ne me traite pas de souillon dans son compte rendu à la famille - faut voir l'image que je me paie dans cette famille déjà sans ça -. Je me voyais déjà malgré tout mordre ma langue en l'entendant dire "mais c'est la même déco qu'avant, cette maison n'a pas d'âme !" "Quoi, mais c'est toujours pas rangé ça ?" "Là tu devrais faire comme ci". Les compliments forcés qui grincent tant ils sonnent faux. Les questions faussement innocentes.Le regard qui se promène partout à la recherche de quelque chose d'intime. Les critiques à peine masquées.... Je me suis dis qu'il faudrait surtout bien penser à cacher dans ma chambre les albums photos, les doudous et les bougies de mes petits anges. Et là je me suis dis : "non, stop. Ce n'est pas possible". Ce petit chez moi que j'aime tant, je l'aurais modifié pour éviter son rejet et ses jugements. Pour cacher des parties de moi qu'ici je pouvais enfin laisser exister ?? S.T.O.P. !

Me désengager (même si je n'étais pas vraiment engagée), c'est toujours aussi dur pour moi. J'ai demandé leurs avis à Mélopée et Superman. Peu après, j'envoyais un email à ma mère pour annuler. J'ai été franche : "je ne suis pas prête à te recevoir chez moi".

J'entends déjà dans un coin de ma tête les discussions entre elle et ma soeur, elle et sa fratrie, les biais de confirmation qui s'entrechoquent en affirmant à quel point je suis une déception, et l'image de qui je suis dans leur yeux encore un peu plus lamentable et instable...

Mélopée a raison. Par l'image qu'elle peint de moi au monde et qui me blesse infailliblement, elle a encore beaucoup trop de pouvoir sur moi. Je ne peux pas me permettre de la laisser abîmer ce que je construis ici, loin d'elle et de cette image que je hais et qui ne me correspond pas...
Oublier les voix. Oublier l'image. Revenir à moi...

Malgré mon envie de pleurer, je suis soulagée d'avoir annulé..
Et ça m'a fait du bien de pouvoir enfin un peu râler.