Baladée par mon moral qui fait un peu le yoyo, je m'interroge sur les réseaux sociaux.

J'y suis pour avoir quelques nouvelles, du monde, et de mes proches qui ne jurent plus que par cela. C'est un peu fini le courrier, ou même les courriels. Mais sans ça, irais-je encore ? Je ne sais pas. Pas sûre.

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Pendant les périodes un peu plus basses, je mène mes petites batailles partout où je peux, et je délaisse ces réseaux. Quand j'y reviens faire un saut, je suis toujours assaillie par toutes sorte de choses plus ou moins folles ou anecdotiques.

Je me dis que mes "fils d'actualités" sont incroyablement étonnants par leur côté éclectique. Les grands combats côtoient les banalités. Les choses intéressantes celles d'une idiotie déconcertante. Il y a tout, et rien en même temps. Et pourtant ça fait beaucoup. Trop en fait.
Et rien n'est fait pour trier comme je pourrais le souhaiter les jours où je n'ai pas envie de tout voir

Bon, c'est pas plus mal et c'est un peu ma faute aussi. En sachant la bulle de filtre créée par les algorithmes et mes actions, je fais en sorte d'ajouter régulièrement des trucs "autres"... les moteurs de recherche surtout doivent être pas mal largués. Et ça va continuer. Je ne veux pas d'une bulle toute lisse. Par principe. Y'a une vieille bique en moi, et je l'aime bien.

Tout est noyé dans un amoncellement de textes et de publicités auxquelles je ne fais bien souvent même pas attention. J'ai la chance d'y être plutôt grandement hermétique. Mon cerveau a tendance à flouter systématiquement ce qui n'a aucun intérêt et ne parvient pas à éveiller ma curiosité.

Certains jours j'apprécie de trouver dans ce bazar des nouvelles des gens avec qui j'ai un lien. D'autres fois, j'ai l'impression que j'aurais mieux fait de m'abstenir d'y faire un tour. C'est souvent assez peu stimulant.
Pourtant, on peut rapidement écrire des kilomètres rien qu'avec ce qu'il s'y passe en un jour.

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"Petit" aperçu de ce que j'ai regardé (et encore, je zappe beaucoup de choses - pour ne rien louper, il faudrait faire le tour intégral tous les jours) :

- Deux youtubeurs que je suis ont posté une nouvelle vidéo. La première dure quarante minutes. J'irais la regarder plus tard, peut-être en mangeant. Je lance la deuxième, plus courte.
- Une publicité impossible à passer me montre une vidéo débile où une fois de plus le corps d'une femme sert à vendre, je ne note que le nom de la marque histoire de mentalement lui donner un mauvais point. J'attends que ça passe.
- Je regarde (ou plutôt j'écoute) la courte vidéo de musique. Sympa sans plus.
Apparemment c'est tout, et je quitte la plateforme et passe à la prochaine.

- Une copine m'a mentionnée sur un concours sans intérêt pour moi mais qui lui permet de gagner des points. Je passe.
- Une autre expose au monde entier un portrait de sa fille. Je suis mal à l'aise avec ce concept. Je garde ma réflexion pour moi, et je passe.
- Une connaissance indique un décès. Je ne connaissais pas le vieil homme, mais je me sens triste pour ceux qu'il laisse en partant. Je n'ose pas marquer quoi que ce soit. Je passe.
- Un ami militant poste un article sur les lois en cours qui sabotent toujours davantage nos "acquis" pas si acquis, nos institutions fragiles. Je lis le lien indiqué. J'en ressors la larme à l'oeil, l'espoir un peu plus entamé. Personne d'autre ne semble avoir lu l'article. Je marque mon passage par un commentaire avec un "smiley". Je n'ai pas de mots à poser.
- Une illustratrice partage un dessin. Je le regarde longuement, impressionnée, et un peu envieuse devant la qualité du travail.
- Des nouvelles portant sur des personnalités politiques me font grincer des dents, je passe.
- Un copain partage un lien vers une vidéo sur le traitement médiatique des évènements de l'usine seveso. Je l'ouvre dans un nouvel onglet. Bizarre, je n'ai pas été notifiée de cette sortie alors que je suis abonnée au youtubeur. Tant pis. La vidéo dure 1h, je la regarderais plus tard.
- Un pote rappelle une date de concert dans un enthousiasme débordant. Il y fera le guitariste. Je suis contente pour lui mais je passe pour le moment.
- Un ami dessinateur partage une petite bd humoristique de son cru. Je trouve au moins trois jeux de mots différents possibles. Je commence à rédiger un commentaire, doute, l'efface. Je recommence quatre fois. Puis je me dis que de toute façon je ne suis pas drôle et je laisse tomber.
- Des proches partagent des liens déprimants pour l'avenir (comme celui-ci par exemple). Et bien sûr, ceux qui pensent que l'argent rend immortel s'en fiche éperdument. Toujours les mêmes refrains. Toujours la même direction. Le mur qui se rapproche... Je ressens un sursaut de colère et de dégoût pour mon espèce, et de désespoir face à mon impuissance.
- Des textes passent, je clique un peu au pif histoire de briser la bulle de filtre, et je continue.
- Un ami partage une musique qui me ramène quinze ans en arrière. Un souvenir émouvant me revient, je pleure un peu. J'en ai besoin.
- Une personne que je suis poste une réflexion rigolote sur un sujet pourtant grave. Elle arrive presque toujours à me faire sourire de l'absurdité humaine quand je la lis. Je clique sur le coeur pour approuver ce trait d'esprit bienvenu et je continue.
- Ligne suivante, quelqu'un poste un truc où un homme à priori célèbre (sa tête me dit quelque chose d'ailleurs) encore vibrant d'émotion témoigne en vidéo de la maltraitance qu'il a subi et qui a marqué sa vie, et je me dis que j'ai eu tellement de chance dans mes petits malheurs d'enfant que ça n'atteigne jamais pareil niveau. Je culpabilise un peu d'avoir si mal vécu mes quelques misères. Puis je m'oblige à me souvenir qu'on ne doit jamais comparer les expériences. Jamais.
- Une collègue montre en photo ce qu'elle a mangé dans tel restaurant, et linke le compte sur un autre réseau où elle expose toutes ses photographies. Pas intéressée, je ne vais pas voir le lien, mais je clique sur le coeur quand même.
Je change à nouveau de réseau. Il me reste le gros morceau. J'inspire, et go.

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- Sur cet autre réseau, une amie enceinte se confie sur l'hyperémèse gravidique qui l'atteint (quelques renseignements ici et ). Je regarde rapidement les commentaires. Certaines personnes ont le mauvais goût de comparer sa détresse à d'autres souffrances. La plupart, heureusement, compatissent et quelques unes relaient l'info. Je ne me sens pas de le faire. Je lui écris un petit mot rapide de soutien, et je quitte sa page pour retourner sur le fil commun.
- Ici un post où une collègue a commenté, je regarde. Des mères font le concours idiot et à peine masqué de celle qui a l'enfant le plus mignon ou le plus éveillé à grands coups de "moi le mien...". D'autres mamans lancent des messages comme des bouteilles à la mer pour rappeler qu'un enfant n'est pas un objet, et pour sensibiliser sur les violences qui leur sont faites, tout un large spectre qui va très loin. J'ai pas besoin de ça, je zappe.
- Idem pour les posts de ces quatre copines qui échangent des traits d'esprit sur leurs grossesses (passée ou présentes) et leurs désagréments. Listent leurs envies. Annoncent les dates. Mettent des petits coeurs partout... je me sens jalouse, je passe.
- Une connaissance partage une image où un inconnu, un homme blanc, se fait tatouer tout une partie du corps en noir uni. Aucun motif. "Full black" ça s'appelle. Je découvre, et m'interroge quelque peu sur ses motivations, en sachant que je ne comprendrais pas. Si ça peut lui faire plaisir, après tout..
- Un pote envoie à un autre des photos de chats avec des légendes idiotes posées dessus. L'une est drôle et me fait rire, sur les deux autres, je ne vois que le pauvre animal qui n'avait rien demandé et qui est dans une posture clairement imposée... je ne ris pas, me retiens de faire un commentaire, et passe, maugréant pour moi-même que diffuser, c'est encourager..
- Un collègue poste une liste de dérives dans les comportements des forces de l'ordre pendant une manifestation pacifiste pour le climat, et tout son entourage s'enflamme, condamnant les gendarmes, ou le gouvernement, ou les gilets jaunes, ou des gens qui n'ont rien à voir là dedans. Tout le monde se déchire, alors que tout le monde veut sûrement la même chose au final.
Je note intérieurement une nouvelle fois, et avec impuissance : Prenez n'importe quel sujet sur le net, vous trouverez toujours deux camps pour s'affronter, et ce, même si leur but est exactement le même.
- je tombe sur des trucs parfois sans intérêt, toujours pour lutter contre la bulle de filtre, je like des trucs dans le tas.
- Post de ma cousine qui nous présente son fils nouveau-né. Il est mignon. Je choisis le petit bouton coeur et je passe. Et je commence à me dire que ça fait quand même beaucoup d'ambiance enfant/bébé sur les réseaux. Sûrement une impression parce que ça m'omnubile. N'empêche que je suis de moins en moins motivée à poursuivre...
- Peu après, une image avec une phrase supposément drôle apparaît, parce qu'une connaissance a mis un commentaire dessous. Je lis la phrase. Effectivement, je la trouve un peu rigolote. Elle dit : "Mon objectif de l'année dernière était de perdre 10 kilos. Plus que 15 !". J'essaie de ne pas penser à mon poids qui est remonté ces derniers jours. Quand je n'y pense pas et que je ne me vois pas, je me trouve presque bien, et j'évite de stresser... je clique sur l'icône qui rit, et je passe.
- Sur le post d'une copine, le thème des violences gynécologiques est abordé. Les femmes ont toutes une expérience à relater, du premier frottis au dernier accouchement, preuve qu'on est encore loin d'une prise en charge saine. J'enferme mes témoignages en moi, et me contente de l'icône qui pleure.
- Ce dernier thème est repris de ci de là et amène son lot de sujets polémiques à tort : le féminisme, l'émancipation des femmes, la sexualité des femmes, etc. La toile se déchire à nouveau dans tous les sens. Quoi qu'une femme fasse, ça dérange.
Et il y a encore des gens qui déterminent une personne en fonction de son utérus ou de son pénis, alors qu'en terme de survie de l'espèce, l'un n'irait pas bien loin sans l'autre... Cela m'attriste. Je ne comprends pas.
Au 31 Octobre, nous en étions, en France, à 127 femmes tuées par un compagnon ou ex compagnon depuis le début de l'année civile... j'ai repensé à cette femme devant la gendarmerie... je secoue la tête. "N'y pense plus".
- Je croise plein de post en tous genres avec des dessins et des photos. Je constate avec désapprobation que visiblement, citer les gens qui ont créé ces images est manifestement trop compliqué... l'avenir des "auteurs" et artistes ne risquent pas de s'arranger... je mets des pouces sur les commentaires qui rétablissent cette injustice.
- Une des annonces "sponsorisées" attire mon regard : elle traite des biais cognitifs. D'habitude je zappe ces contenus par principe, là je la regarde volontairement, et je signale mon approbation par un clic sur une icône prévue à cet effet, sachant pertinemment que les algorithmes derrière jouent leur jeu.. tant qu'à faire, qu'ils m'instruisent un peu !
- Post d'un ami en attente d'un prochain heureux évènement et qui partage la liste de naissance traditionnelle. J'ai déjà participé, je zappe.
- Un ami partage les photos de ses vacances à l'autre bout du monde. Je note une ombre de femme qui prend la photo, je souris en supposant que "peut-être...". C'est un chouette garçon. Mais cela ne me regarde pas. Je mets un pouce vers le haut et je passe.
- En dessous, un membre de la famille partage une autre image avec une phrase dessus ; "ça fait mal parce que ça comptait - John Green". En mon fort intérieur, je valide.
- Une copine poste une photo de dos de sa fillette de presque deux ans : elle est sur la plage, et elle marche. Pouce vers le haut, pour faire plaisir et valider le fait qu'on ne voit pas son visage, et suivant.
- Une autre relaie une théorie du complot que j'avais passé plus de deux heures à démonter, à grands renforts de sources, quelques temps auparavant. Je laisse tomber. Les gens ne croient que ce qu'ils ont envie de croire. "croire" a supplanté "savoir". C'est leur choix. Je m'abstiens de demander à cacher la publication, mais ça m'agace un peu. Aller, tant pis. Se confronter à des avis contraires, ça entretient le cerveau !
- Une page suivie partage en masse des vidéos sur les combats et problème autour de l'environnement. Pêche électrique, effondrement de la biodiversité, recul des interdictions des produits dangereux, mainmise sur les semences, lobbying installé dans les centres exécutifs, continent plastique, délai de désagrégation des mégots et quantité générée... difficile de positiver, de ne pas sombrer dans un miasme de noirceur. Là je demande à moins voir de leurs publications. Ils prêchent une convertie de toute façon.
- Une copine me relance en privé pour avoir des nouvelles, en ce moment je n'ai pas envie de lui répondre, je zappe.
- Plus loin, un artiste montre ses travaux où il fait des mises en scène photographiques à but humoristique. La première est mignonne. La seconde me fait sourire. La troisième me laisse de marbre. Je regarde quand même jusqu'au bout mais finalement ce n'est pas tellement mon goût, et passe à la suite.
- Une page aimée par une connaissance affiche en gros les prénoms les plus populaires pour 2019-2020 et demande aux gens les prénoms de leurs enfant. Celui de mon deuxième est affiché en gros sur l'image, et je ne peux pas commenter. Je respire un grand coup en passant à la suite.
- Pas de bol. Je tombe sur le post de ma soeur qui annonce l'arrivée de sa fille et le début de "sa" famille à elle. Je note que ma nièce est vraiment très mignonne... mais je ne suis toujours pas adepte de montrer le visage des enfants... Je clique sur une icône pour montrer que j'aime, plus par principe que par envie ou conviction sur l'instant, j'ai encore un peu mal.
J'ai déjà vu le principal. Je ne termine pas le fil et vais directement sur la page de l'amie dont je veux des nouvelles.
- Rien de neuf sur sa page, mais elle repartage des vidéos inspirantes (bien que ce soient des pubs) que j'avais posté quelques années auparavant (je vous les mets à la fin). Bien sûr, je pleure comme une madeleine devant. C'est comme une bouffée d'oxygène au milieu de ce foutoir sans nom.

Je m'arrête là pour aujourd'hui. Autant rester sur du positif. Je n'y reviendrais pas avant un moment, trop épuisant.

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Les réseaux sociaux, c'est un univers que je comprends sans le comprendre. Un reflet du monde extérieur qui me déstabilise.
Où tout est surenchère, chacun dans son coin, sa bulle pensée pour lui ou elle.
Où tout va très très vite. À peine posté, déjà dépassé. Mais où ça rabâche aussi beaucoup d'année en année.
Où surtout plus rien n'a le poids de son importance.

Un monde où je camoufle encore beaucoup - parfois malgré moi.
Où je vois toujours trop de choses, et trop loin. Le mental qui galope en un tournemain.

Et où je me sens souvent définitivement bien seule...coincée comme dans une cage de verre.

Heureusement que je sais généralement comment me rebooster derrière !

enprisondeverre

Je vous partage les vidéos dont je parle sur la fin ; elles sont ici, ici et là.