Je suis sortie sous un ciel changeant... combattre mon spleen du moment.

Lors de ma promenade, j'ai croisé de nombreux oiseaux. Entre autres, mésanges, rouges-gorges, choucas, moineaux...
J'aimerais bien savoir les reconnaître tous autant qu'ils sont, tant à leur plumage qu'à leurs chants et chansons...

C'est curieux, j'ai l'impression d'en croiser davantage ces dernières semaines. Peut-être parce qu'il fait froid. Ils sont obligés de sortir plus souvent se nourir...? Je me demande s'ils sentent aussi le parfum de l'hiver qui arrive. (J'aurais aimé prendre de meilleures photos, mais je ne sais pas faire "vite et bien" !)

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Alors, dans le bois, je les ai surtout entendu à dire vrai. C'est qu'ils sont précautionneux, nos amis ailés. Camouflés dans la verdure, de ci de là, ils nous épient, bien à l'abri. Ils nous narguent parfois, de leur chant attirant, en sachant que même si on lève les yeux, même en se déplaçant, on ne les verra probablement pas. Ainsi les ramures des arbres et fourrés chantonnent en échos de nos pas tâtonnants.
Dans ces cas là, je ferme les yeux, et j'écoute un moment. Ils produisent tous un son différent. Il se joue de véritables symphonies par ici quand les oiseaux sont de sortie...

Plus loin j'ai guetté le murmure des feuillages. J'ai pu apercevoir quelques fois comme un battement d'aile, une ombre ou forme sombre qui filait entre les branchages. C'est toujours si subreptice.. Puis ne restent que le bois, ou les feuilles sensiblement en mouvement, et l'on croit avoir rêvé. Chaque fois que j'ai tenté de m'approcher un peu trop près, ils se sont "envolés". Impossible de les retrouver.

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J'ai toujours été épatée par leur faculté à se mouvoir dans les frondaisons. Dans cet inextricable et étroit labyrinthe végétal, ils savent toujours où aller pour se soustraire à nos yeux ou en sortir en deux-deux. Lorsqu'ils s'y engouffrent depuis le ciel, c'est impressionant car ils n'ont pas peur : aucun obstacle ne semble leur faire altérer leur vitesse... ils foncent et hop... s'installent sans heurts.

Une fois le bord de ville regagné, j'ai pu en voir plein, plus ou moins vite fait. Hélas jamais de près.

J'aime quand ils se posent en toute simplicité sur des ramifications, toujours hors d'atteinte, mais presque à découvert. Les plus habiles et légers arrivent comme les feuilles mortes glissant dans le vent, et ils se posent un peu comme tombe la neige des poètes, presque avec tendresse.. J'aime à voir le subtil trépignement des feuillages ou du bois, accusant réception de leur atterrissage, comme une marionette à laquelle on donnerait une impulsion..

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J'aime aussi quand ils en décollent. Ce bruissement de feuilles froissées, le frémissement de la branche sous la caresse de leur envol, et son faible balancement émoustillé qui perdure quelques secondes.. Lorsqu'il a récemment plu, des gouttes tombent alors de celle-ci, comme si l'oiseau avait renversé un arrosoir au passage..

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J'aime la frêle silouhette qui rétrécit, et noircie, jusqu'à n'être plus qu'un point minuscule sur le ciel.. ou qui traverse le ciel en un éclair pour atterir un peu plus loin, sur la cime d'un arbre, d'un poteau, ou  sur un câble noir tendu par dessus les champs et la route.

Ils s'y retrouvent parfois en nombre. Ainsi posés comme des virgules sur leur ligne électrique, il ressemblent à des notes de musiques sur une partition à la portée incomplète. Bien tranquilles sur leurs hauteurs, ils ont l'air de se perdre en contemplation devant le paysage et ses couleurs.. Certains fredonnent, et c'est si joli. Tant et plus encore lorsque tous regagnent le ciel en même temps dans une sublime harmonie.. C'est inspirant et poétique aussi, ces nuées d'individus qui volent de concert sur fond bleu, blanc et gris.

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Une tâche pâle a frémit dans le vent. Je savais ce que c'était avant même de m'être approchée vraiment. Je l'ai regardée danser jusqu'à ce qu'elle soit posée.
De temps en temps, le battement de leurs ailes laisse échapper un brin de duvet. Leurs plumes libérées au vent s'envolent quelques instants, avant de finir leur course ici ou là. Sur les barrières barbelées des champs, dans les rameaux de buissons, ou sur le bois des troncs couverts de lichen... Elles s'y déposent et s'y attachent sommairement telles des bijoux ou des ganses éphémères. Cela donne parfois aux plantes un drôle d'air.

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J'ai aussi aimé observer les oiseaux qui volaient. On ne sait jamais dans quelle direction ils vont aller. Lesquels iront soudain plonger en piquet, ou rebondir sur un trampoline imaginaire en plein ciel. Quel prochain perchoir sera à leur goût ou quelle cachette les abritera de nous. Lequel sera tout à coup pris de l'envie de suivre une sinusoïde invisible, ou dessiner une courbe improbable. Combien auront un vol frétillant, à la fois mignon et comique, et combien d'autres en auront un principalement planant et majestueux..

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Par moment, des groupes entiers partaient à l'assaut des champs à la terre récemment retournée, s'y déversant comme de la pluie. À terre ils devenaient presque invisibles, pendant de longues minutes, alors qu'ils cherchaient à manger. Puis ils s'envolaient un peu, pour se poser à peine plus loin, comme des plumes, et ainsi quadrillaient avec soin toute la zone de garde-manger.
Quel bonheur lorsque la vague re-décollait pour de bon. Tous ensemble, ils formaient des nuages ou des nuées...

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Je pourrais y passer des heures, c'est d'ailleurs ce que j'ai fait. Si moi, je n'ai pas d'ailes, nul doute qu'il y en a sur mon coeur. Partout, je m'arrêtais pour les guetter. Chaque champ, chaque arbre, chaque haie. Je n'étais pas pressée.
Je m'en suis mis plein les yeux, et dans l'appareil aussi, un peu..

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J'ai croisé plus d'un humain aussi pendant ma sortie. Souvent, je constate que ça fait sourire les passants de me voir marcher la tête en l'air, et m'arrêter le nez au vent... Je me demande souvent si j'ai pu leur donner un peu le réflexe ou l'idée de lever les yeux au ciel et admirer ses merveilles et ses habitants. Les gens ratent tant de choses accessibles facilement. En sont-ils conscients ??
En tout cas, j'ai apprécié les sourires amusés et les salutations enjouées. J'avais l'impression d'avoir partagé un peu de ma bonne humeur pour la poser sur leur journée.

Si j'étais chafouin le matin en partant, j'avais un doux sourire sur les lèvres en rentrant. Mère nature avait été généreuse en présent..

Ma grand-mère disait que "voir les oiseaux voler par deux, ça porte bonheur".
J'ajouterai que même n'en voir qu'un seul, ça met déjà du baume au coeur.

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Source de l'exercice : Treize à la douzaine - Liste 22
Mots à placer : balancement, arrosoir, parfum, branche, chafouin, virgule, froissé, ganse, marionnette, écho, altérer, route.