Quand un soir arrive la première piqûre..

Je stressais depuis un moment.
Pourtant je ne savais pas si on allait nous donner le feu vert pour commencer ou pas. Il fallait un résultat de prise de sang d'abord. On nous a dit au dernier moment qu'il fallait la faire. L'angoisse.

Je sens que préparer la fiv, ça va être beaucoup ça. On sait du jour au lendemain qu'il faut un rendez-vous, et il faut trouver quelqu'un qui accepte de nous prendre... Heureusement, on a trouvé un labo qui a accepté de nous prendre au plus tôt. En plus de tous ses patients, en priorité, pour tenter d'envoyer le même jour les résultats entre midi et deux. Il nous ont dit de venir dix minutes avant l'ouverture..

Une manifestation locale devait avoir lieu ce jour là, bloquant plusieurs rue autour de notre quartier... On s'est levé à six heures. Enfin moi j'étais réveillée depuis bien plus tôt que cela... impossible de dormir.
La veille on était allé garer la voiture à 800 mètres, pour être sûr d'échapper au tumulte et pas se retrouver coincés. On aurait pu s'en passer au final, c'était si tôt que rien n'avait commencé, on serait passé sans soucis... Tant pis.
On a rejoint la voiture, puis on a roulé jusqu'au labo. On est arrivés avant l'ouverture, il y avait déjà des laborantines dedans. On a tenu à rester dehors jusqu'à l'heure dite, et une dame très ponctuelle est venue nous ouvrir. Dans les cinq minutes, je passais à la prise de sang. Dix minutes après, nous étions sortis avec un ticket pour les résultats. Efficaces.
On a noté le lieu, au cas où. Superman m'a ramenée à la maison, et est reparti travailler. Moi dès que j'ai eu mes résultats sur internet, je les ai fait suivre à l'hôpital. Ric-rac dans les temps.

Dans l'après-midi, coup de téléphone. On m'a demandé mon poids, la dame m'a félicitée pour celui-ci (pourtant je n'ai pas énormément perdu, mais je suis dans les clous toujours). Puis elle m'a donnée de nombreux renseignements : on passait aux choses sérieuses ! J'ai noté tout ce que j'ai pu. Mon cerveau a un peu "bugué", paniqué...
J'ai du prendre plusieurs rendez vous divers, recommander un produit à la pharmacie, prévenir Superman qu'il fallait piquer le soir-même à une heure bien définie, et que ce serait ensuite tous les soirs à la même heure exactement. Il a du expliquer la situation à son patron, qui, incroyable mais vrai, a compris, et a dit pas de soucis. Il existe encore des gens qui ne pensent pas qu'au profit, je suis à deux doigts d'allumer un cierge quelque part. En même temps juste ça commence, on en reparle quand ça fera un moment et si jamais ça marche pas du premier coup.....
En compensation, Superman a quand même décidé d'aller bosser encore plus tôt chaque matin. J'ai tenté de négocier un peu, et puis comme souvent, j'ai cédé. Il serait mal autrement. Il ne sait pas bien accepter ce que les gens lui donnent, et je suis bien comme lui.

J'espère que je n'ai rien oublié pour les rendez-vous, c'était un peu n'importe quoi. J'ai appelé pour les prendre tous. Entre les refus, les "c'est pas la peine de prendre un rendez-vous pour ça" (arg), et les prises effectives... j'ai du mal à savoir où j'en suis ! En tout cas, j'ai les premiers, et je vais pouvoir me lever très tôt très souvent... j'espère qu'il ne neigera pas comme annoncé, je vais devoir me débrouiller toute seule, et aller jusqu'à la grande ville la plus proche en voiture, par l'autoroute... je connais très mal la route, et c'est plein de chauffards là bas. On respire, on souffle, et on y pense pas. Je mettrais le gps.. Bon sang, j'aimerais avoir une amie pour m'accompagner chaque fois...


Le soir, Superman est rentré plus tôt que jamais auparavant. Ça m'a fait très bizarre. Ensemble on a lu la notice de la seringue. On a tout préparé. Il voulait tellement être minutieux que ça prenait un temps fou. Moi je sentais ma volonté à rester de marbre fondre comme neige au soleil. À deux minutes de la piqûre, j'étais si stressée que j'en pleurais.
J'avais déjà eu quelques piqûres par le passé, je redoutais grandement la série qui s'annonçait... ce serait en prime la première fois que Superman ferait une piqûre. Et puis tout ce stress, ces questions... On est dedans là ça y est, vraiment ! On ne maîtrise plus rien, il faut s'en remettre à la chance ... moi qui aime bien tout savoir, tout planifier, pas mal contrôler... Pfiou !
Il y est allé tout en douceur. Je m'attendais à tant de douleur que finalement, ça s'est très bien passé. C'est presque plus éprouvant moralement pour moi que physiquement. Passé la piqûre et la sensation de brûlure, j'étais crevée, fébrile, mais physiquement, à priori tout allait bien.

J'ai mis la seringue usitée et sécurisée de côté. J'ai dit à Superman que j'allais les garder, toutes celles qu'il y aurait, jusqu'à ce qu'on ait notre bébé, bien vivant bien portant dans nos bras. Je ferais une photo des seringues à la fin, en espérant quand même qu'il y en ait peu. Pour le moment, je ne sais pas trop pourquoi, mais ça me semble important, j'ai besoin de le faire.

Il m'a remerciée d'être courageuse, et m'a assurée que ce n'était pas de la flagornerie. J'en ai re-pleuré. Je ne sais pas si je suis courageuse, ni s'il pense ce qu'il m'a dit, mais le sentir un peu avec moi, me soutenir et s'investir, ça m'a fait du bien. Jusqu'ici par moment j'en avais douté.
On s'est pris dans les bras un instant. Les doigts croisés au creux du coeur, on s'est dit "on va y arriver". Je n'en suis pas encore convaincue, j'ai peur..
Intérieurement, j'ai remercié mon corps de m'accompagner dans cette entreprise. Et puis on est allés préparer le repas ensemble, Superman et moi. Je ne suis pas allée à mon cours de solfège. J'étais trop à fleur de peau.

Pour une fois, je suis tombée de sommeil le soir venu.


On a encore un peu de mal à réaliser... la machine est lancée.
Désormais d'ici à la fin de l'année, tout est possible... à chaque marche de ce terrifiant escalier.

Je croise les doigts.