Curieux comme on oublie parfois le pouvoir des mots.

Ces mots qui définissent des idées, donnent du sens à l'abstrait et du corps aux pensées. Ils sont le soleil et la pluie, l'arme et le bouclier. Ils sont la grâce ou la condamnation, et un même mots aura toujours le loisir de changer de vocation...

C'était un simple mot qui m'a attiré pendant des années. D'abord par curiosité, puis à cause de plein de similarités. J'aurais mis longtemps à me dire "et si moi aussi, j'en étais ?". J'arrivais au stade où j'avais besoin de croire qu'une réponse existait, et où je devais tenter de la trouver. Et c'est ce mot qu'on m'a bel et bien donné.
Tout le monde ne lui affecte pas les mêmes étiquettes, la même finalité. Lubie inventée ou information, poids ou libération. Maladie ou simple différence, limitations ou possibilités, excuse ou explication. Peu importe au fond.

C'est fou, mais il a changé beaucoup de choses pour moi. En bien.
J'accepte mieux mes limites, et mes besoins. J'arrive à me souvenir que chez moi tout est xxl et trop-plein, que ce n'est ni mal ni bien. J'ai davantage de bienveillance pour moi-même, quand je regarde celle que j'étais en arrière et mon chemin. Au final, je trouve que je m'en sors même bien. Je me découvre ressentant presque la fierté pour qui je suis en tant qu'être humain. C'est qu'il en fallait de la volonté pour survivre dans un monde qui n'était pas vraiment le mien.
On pourrait presque se demander ce qui aurait changé, si ma famille avait su, et était parvenue à l'accepter... sans juger. C'était pas gagné, mais si c'était arrivé... tant pis, le passé appartient au passé. Et aujourd'hui, c'est mon petit secret.

Avec ce recul, et Mélopée, on a reparlé de la petite fille que j'ai été, et une phrase incroyable est sortie, que je n'aurais jamais cru prononcer : "Si j'avais une enfant comme celle que j'étais ? Je crois que ça me plairait ! Au fond, je serais fière que mon enfant soit comme moi ou me ressemble. J'étais cool comme petite fille."

Présomptueux ? Peut-être, mais éclatant. Je n'ai plus honte, ou presque plus, de qui j'étais, qui je suis. J'ai bien moins honte de ne pas pouvoir rentrer dans le moule. Je ne me déteste plus. Je sais que j'ai fait tout ce que j'ai pu.

Je découvre une affection grandissante pour cette petite fille qui n'était qu'une enfant. Différente, peut-être, mais rien de plus qu'une enfant. Qui voulait vivre et danser, rire et chanter. Qui aimait la nature et les joies simples. Qui voulait tout comprendre, et ne jamais faire de mal. Volontaire et spontanée... je lui trouve des qualités que j'aime, et dont tout parent pourrait naturellement s'enorgueuillir de les trouver chez ses petits...

Je n'en veux même plus à cette adolescence qui a tout tenté pour atteindre la "normalité" sans jamais y arriver, parce que ce n'était pas elle. J'admire sa persévérance, sa volonté de s'accrocher. J'aime sa sensibilité, ses pensées arborescentes qui la rendaient lucide sur tant de choses, et si prévenante avec les autres. Oui, elle était naïve, mais parce qu'on ne lui avait pas expliqué comment le monde marchait. Elle n'aurait jamais du souffrir à cause de tout ça.

 

Des années de labeur, et finalement un tout petit mot qui illumine tout. Un cadeau, qui rend tout un peu plus doux.

On ne le dira jamais assez, "comprendre" c'est une clé qui ouvre énormément de possibilités.
Au diable les étiquettes dont on voudra m'affubler, je peux enfin respirer.

Après tant d'années à me haïr, moi la fille ratée, cassée,
Si différente souvent, que le monde tendait à la rejeter...
Prisonnière de milliards de pensées, sans arrêt,
Et les sens à fleur de peau à longueur d'année..
Rudes furent mon errance et ma douleur, mais c'est terminé !
Gardez donc votre "normalité", j'ai cessé de la désirer.
En réalité j'apprécie qui je suis depuis que je sais..
Rien que moi, une Aspie qui en fin de compte s'en est bien tirée.

féétincelle1