- article d'il y a quelques temps et que je n'avais pas posté -

C'était lors de l'une de mes balades.

J'avais commencé par la rue des fleurs, où la plupart avaient été coupées... j'ai été déçue, mais j'ai continué mon petit bonhomme de chemin. Arrivée au bord de la rivière, les tapis de feuilles mortes avaient été réduits en charpi, et ils allaient être aspirés par le personnel d'entretien. Tant pis, je continuais. Plus loin, qu'il s'agisse du parc ou de la montée fleurie que j'aime tant, il ne restait plus grand chose non plus... La ville a manifestement décidé d'enlever toutes les fleurs pour l'hiver, et tout n'était que petits tas de terre tous seuls...  J'ai rangé mon appareil photo, et resseré mon manteau. Je n'avais pas tellement envie de rentrer sur ça.

Alors j'ai décidé de prendre la route que je ne prends presque jamais. Au stade où j'en étais, ma balade ne pouvait guère être plus moche.. Il y en a pour bon morceau de zone industrielle, mais après sur le bord, on peut croiser de la vieille pierre et deux ou trois près, et on peut rattraper le petit bois. Un peu d'exercice n'allait pas me faire de mal, et puis comme ça, il me restait une chance de voir quelque chose de sympa.
 
Cela m'a permis de marcher un peu plus vite que d'habitude sur la première partie du chemin, puisqu'il n'y avait rien à voir, ou pas grand chose. Je me suis un peu réchauffée avant d'atteindre le premier petit près - celui-ci était vide, mais j'entendais déjà non loin de là un bruit intéressant. Arrivée au deuxième près, le grand, je suis tombée sur un petit âne ! Je me suis arrêtée pour le regarder un peu. J'en vois si rarement !
Allez savoir pourquoi, depuis toute petite, j'aime bien les ânes. Je les trouve mignons. Bon en même temps, j'aime nombre d'animaux et je m'extasie parfois d'un rien... Je l'ai observé en silence quelques minutes.

Il a fini par croiser mon regard. Comme je fais toujours dans ces cas là, je lui ai dit bonjour. Je ne saurais jamais dans quelle mesure un animal peut me comprendre ou non, mais j'aime bien leur parler pratiquement comme si j'avais un humain en face de moi. Peut-être qu'ils sentent quand on veut les respecter ? Je lui ai dit que je le trouvais tout beau. Une oreille a bougé, et même si ça ne voulait rien dire, ça m'a fait sourire. Il s'est rapproché des fils barbelés entourant son pré, et je lui ai dit de ne pas venir plus près, pour ne pas qu'il se blesse. Immobiles tous les deux, on s'est regardé un moment. Je l'ai même pris en photo.

J'ai commencé à reprendre un peu la marche, et il m'a suivie le long des barbelés. Arrivés au bout du près, où le fossé laisse place à une petite piste, je me suis rapprochée du grillage en même temps que lui. J'ai avancé lentement ma main à plat, m'arrêtant au niveau du portail. Il a avancé son museau, et je l'ai un peu caressé. Je me suis rendue compte que j'ignorais complètement comment un âne aurait aimé qu'on le papouille. J'ai plus l'habitude de flatter les petits chats ou les chiens... j'ai fait à l'instinct, et comme il ne rechignait pas, j'ai supposé que ça lui allait comme ça.

J'ai regardé un peu ses yeux. Il avait de grands et longs cils noirs, sur des yeux ronds, châtains si foncés qu'on aurait pu les croire noirs également. Je ne parvenais pas à y lire d'expression autre que, peut-être, un soupçon de curiosité pour la bestiole bipède que j'étais. Parfois, j'aimerais tellement pouvoir saisir une ombre de leurs pensées, à nos amis les animaux...

J'aurais eu mille question à lui poser si on avait pu communiquer. Comme par exemple : À quoi pense-t-il là ? Qu'est-ce qu'il aime dans sa vie ? Y'a t il un sens ou usage précis aux mouvements de ses oreilles ? Pourquoi il n'y avait que lui, ici ? Est-ce qu'il ne s'ennuyait pas un peu, tout seul dans ce grand près vide ? Est-ce qu'il était bien traité ? Est-ce qu'il avait froid ? Etc.

Au bout d'un moment, mon téléphone s'est mis à sonner. J'avais oublié d'ôter un réveil de la veille. L'âne a tourné la tête vers le son. J'ai sorti le téléphone pour lui montrer ce qui faisait ce "bruit", et j'ai laissé sonner un peu, parce que j'aime beaucoup cette musique.
La sonnerie que j'avais choisie cette fois-ci était un air incroyablement doux et presque mélancolique. Un qui me calme mais également m'attriste parfois au point de pleurer tant je le trouve beau : "Moment of Peace", de Gregorian et Sarah Brightman (je précise que ma sonnerie n'a pas l'éclair du début de vidéo).
Je crois que je me suis mise à fredonner doucement quelques secondes.. et dans la foulée, mon nouvel ami s'est mis à faire beaucoup de bruit d'un coup, ce qui m'a beaucoup surprise.

Je ne saurais pas dire ce qu'il s'est passé vraiment.
Si je suis convaincue que les animaux ont une conscience et des sentiments, je ne saurais affirmer qu'ils les ont de la même façon qu'un humain...
J'ai supposé que le bruit venant de nulle part avait pu finir par l'effrayer, ou le mettre en colère. Que le son aurait pu être trop fort pour ses oreilles sensibles. Que peut-être, à la manière de certains chiens ou chats, il avait pu essayer de se mettre à chanter - nombre d'animaux démontrent un intérêt ou à tout le moins une "curiosité" (ou ce que l'on prend pour telle) pour la musique.
Tout était possible, mais j'ai surtout eu l'étrange impression qu'il s'était mis à pleurer...

J'ai immédiatement coupé la musique, et il s'est rapidement calmé. Moi j'étais encore toute retournée de sa réaction que je ne pouvais pas comprendre. Lui avais-je fait du mal ou de la peine ? Impossible de savoir...

J'ai posé doucement ma main sur son museau, et je lui ai dit que j'étais désolée.
Désolée de lui avoir fait de la peine, ou peur, et parce que je ne le comprenais pas. Désolée parce que j'allais le laisser là et reprendre ma route... je me sentais mal à l'aise, et je regrettais cet incident. Il ne faisait plus aucun mouvement..
Après quelques instants, j'ai repris ma route, encore chamboulée, me retournant de temps à autres, jusqu'à ce qu'il soit hors de vue, des minutes plus tard. Même lors de mon dernier regard dans sa direction, il n'avait pas bougé du tout...

J'ai finis ma promenade le coeur en écharpe, me demandant si un jour viendrait où l'on saurait.
Sera-t-il un jour possible de communiquer ensemble pour éviter de se blesser ? Que ressentent-ils dans des instants comme celui-ci, ces compagnons à quatre pattes qui vivent dans le même monde que nous et qui nous sont si proches ? Que se passe-t-il dans leurs grands yeux aux couleurs profondes lorsqu'ils les posent sur nous ? ...

Même le vol des oiseaux et le cours d'eau chantant vers lesquels je suis passée après n'ont pas réussi à me déloger de la tête ce désagréable picotement qui me soufflait que j'avais pu lui faire du tort...
Exceptionnellement, ma balade ne m'a fait aucun bien.