Parce que pour moi, les impromptus ne s'arrêtent pas vraiment.
Je suis arrivée tard, c'était une chance à quelque part. J'ai eu un peu le temps de découvrir et profiter, et il me reste tout ce que j'ai raté à explorer.

De fait, j'ai décidé de me lister certains de leurs thèmes, et d'en piocher ou choisir un de temps en temps ! Comme ça, je pourrais faire les thèmes que je n'ai jamais fait, et ensuite, j'irais peut-être lire les textes qui avaient été rédigés à l'époque, si j'ai le temps, pour découvrir un peu ce qui avait été écrit.
Un peu comme un second souffle pour ces thèmes et textes, et une (re)découverte pour moi.
Peut-être suis-je la seule à aimer l'idée, mais c'est mon blog, alors je fais ce qui me plaît ! ;- )

Si cela en tente certains, je mettrai chaque fois le lien du thème en fin d'article. Une fois sur le site des impromptus, il vous suffira de cliquer sur le "tag" portant le nom du thème pour pouvoir accéder aux anciennes participations (en espérant que je sois claire dans mes explications, ce n'est pas gagné !).

Aller, on y va avec ce premier thème dépoussiéré : "Monologue d'un banc public".

<< J'en ai vu passer des choses.
Des saisons, et leurs aléas. Leurs ombres et lumières, leurs couleurs. Des ballets de poussières dans les airs et des tapis de rosée. Des écureuils, des oiseaux, et autres animaux. Des feuilles mortes et des journaux. Ceux que des humains laissaient traîner quelques fois.
Eux aussi, j'en ai vu défiler. Leurs fessiers et leur dos, mais aussi des mains et même des pieds de temps en temps. Des disputes et des amours. Des silences et de grandes conversations. J'ai pris des coups de canifs et des coups de peintures, j'ai affronté peu ou proue tous les éléments. J'ai été leur compagnon les jours de pluie, de soleil, et même la nuit parfois. J'ai accueilli, sans jamais juger quoi que ce soit, les petits moments comme les plus grands. J'ai offert mon humble refuge à quiconque en sentait le besoin, et aujourd'hui, je peux le dire, je sais que j'ai toujours fait ça bien.

Oh oui, j'en ai vu des choses. Depuis le jour où fraîchement débarqué je sentais encore le neuf, à aujourd'hui où mon bois délavé s'écharde et ma feraille rougit. À ma façon, je suis presque aussi vieux que mon ami le chêne; celui qui planté à mes côtés, m'a toujours tenu compagnie. Il y a bien ce lampadaire aussi, un peu plus loin, et arrivé peu après moi, mais il n'a jamais répondu à mes sollicitations..

J'ai bien essayé de comprendre, au début, mais j'ai rapidement réaliser que cela ne servirait de rien. Et puis, pourquoi chercher à savoir ce qui peut bien leur passer par la tête, hein ? C'est bien comme les humains, la lumière va et vient. Laissons faire, et on verra bien.

C'est curieux quand même. Bientôt, je sais qu'on viendra me déraciner, pour me remplacer par un banc flambant neuf. Un qui ne laisse pas de petite épine de bois dans la peau de ceux qui s'y assoient. Un dont la peinture brillera encore au soleil, égayant les lieux plus que moi. J'ai entendu mes visiteurs en parler. Le futur banc sera "design", "moderne"... et "hors-sujet", si vous voulez mon avis.
Il ne sera plus question de s'y poser confortablement. Les amoureux ne pourront plus s'y prendre dans les bras. Les égarés de passage ne pourront plus s'y endormir, enroulés dans leur manteau. Les enfants ne pourront plus marcher sur son long avant de tenter un saut d'audace pour en descendre... On ne pourra plus rien y faire comme avant...

Je dois être un vieux schnock, mais je trouve cela ahurissant. À quoi vont donc servir les bancs, dorénavant ??

Avant même le plus laid d'entre nous était apprécié malgré tout. On s'en fichait bien qu'il soit moche, tant qu'on n'était pas trop vermoulu, et qu'on pouvait s'y poser à l'envie dessus, petite oasis de calme dans la cohue. On s'arrêtait quelques minutes, ou un peu plus. On partageait des instants sur nos lames de bois, profitant de l'instant comme il se doit. ...
Nous étions une perpétuelle invitation à la contemplation, un îlot d'invariable dans le flot des existences. Véritable temple à ciel ouvert, n'importe quel voyageur pouvait s'approprier notre espace pour y trouver le repos, du corps ou de l'âme, qu'il fasse mauvais ou bien beau.
Je me flatte d'avoir fait partie de la génération qui inspirait le coeur des poètes presqu'autant que les grands monuments de ce monde. Être un banc, c'était une fierté sans pareille, un symbole universel.

Le métier a bien changé... Je crains que la magie que nous étions sensés procurer ne se soit envolée. On se trouve embarqué dans un système aseptisé. Si ça continue, bientôt même la verdure des parcs sera en béton armé... certains ne sont déjà presque plus que chemins de graviers. C'est le cas du mien depuis quelques années..

Je pense avec chagrin à mon ami le chêne.. pour combien de temps encore sera-t-il fièrement dressé ? Paraît que lui et les siens aussi sont en danger. Seulement on ne voit pas leur praticité, alors on se fiche bien de les soigner, ou à défaut, de les remplacer. Y'a presque plus de soin apporté au lampadaire d'à côté, alors que son usage sans poésie est incroyablement limité.

Cela m'attriste, vous savez, de me dire que je vais partir sur ça, sans savoir si demain à nouveau, la vraie lumière reviendra ou pas >>.

Land_banc

Source du jeu : Les impromptus littéraires.

Et bien sûr, je ne peux désormais songer aux bancs sans penser à l'article d'Alainx : "cinq minutes avec toi", qui finissait sur semblable constat, mais que je vous recommande néanmoins.